[CANNES 2024] GAZETTE CHAOS DU FESTIVAL – JOUR 2

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MA VIE, MA GUEULE de Sophie Fillières (Quinzaine des cinéastes) ★★★

Vis ma vie. Barberie Bichette, qu’on appelle à son grand dam Barbie, a peut-être été belle, peut-être été aimée, peut-être été une bonne mère pour ses enfants, une collègue fiable, une grande amoureuse, oui peut-être… Aujourd’hui, c’est noir, c’est violent, c’est absurde et ça la terrifie: elle a 55 ans (autant dire 60 et bientôt plus !). C’était fatal mais comment faire avec soi-même, avec la mort, avec la vie en somme…

Permettez-nous d’être un chouia moins enthousiaste que certains copains des Inrocks croisés à la sortie de la projo hommage à Sophie Fillières, dont l’ultime film incline spontanément à une noirceur qui était moins diffuse dans ses précédents opus (pour la plupart des chefs-d’oeuvre, vous en conviendrez aisément). C’est que le film attaque de front la question de la maladie, voire d’une forme de démence, décalant quelque peu l’habituel projet fillièrien, qui était jusque-là fait de personnes légèrement à côté de leurs pompes, interrogeant leur propre rapport à une normalité (donc à une société normative) peu reluisante. Dans le dossier de presse posthume, la cinéaste dit vouloir ici observer « l’effet d’un hyper frontal retour sur soi, et de ce que ça induit de comique et de violence, d’une forme d’épouvante de soi-même pourrait-on dire ».

Le film a donc volontairement quelque chose d’un peu replié sur lui-même, laissant beaucoup moins respirer ses personnages secondaires qu’à l’accoutumée: les collègues de travail « créatifs » de Barberie semblent par exemple dessinés à très gros traits, mais c’est un peu le cas aussi de la mini-cellule familiale entourant Jaoui, deux enfants joués par Angélina Woreth et Édouard Sulpice qu’on a connus un peu plus à leur aise. Si on était un peu piquant sur ce site, on pourrait presque dire que tout ce qui faisait le génie et l’originalité de la cinéaste se retrouve quelque peu amoindri dans ce film testament, qui se frotte à certains tropes qui infusent déjà tout le cinéma d’auteur français de festival (incompréhension entre les générations, salle d’attente de clinique où vient poindre l’angoisse, envie d’évasion au large qui arrive un peu comme un cheveu sur la soupe dans un troisième et dernier segment: le Laure Calamy movie n’est jamais bien loin).

Dès lors, le taux de conversion incroyablement élevé de la réalisatrice, qui avait dans sa carrière l’habitude de réussir 95 % des choses qu’elle entreprenait, tombe ici à un petit ratio mbappien de 50 % Ce qui n’est déjà pas trop mal, rassurez-vous! Et ce qui n’est d’ailleurs pas sans s’expliquer par des choix de montage distillant comme un faux rythme – montage confié aux deux enfants de la cinéaste dans la foulée de sa disparition soudaine, ceci expliquant sûrement cela… Reste malgré tout de doux moments de grâce dans ce film ukulélé qui aura enfin permis à Fillières d’obtenir une belle reconnaissance festivalière. GAUTIER ROOS

18 septembre 2024 en salle | 1h 39min | Comédie dramatique
De Sophie Fillières | Par Sophie Fillières
Avec Agnès Jaoui, Philippe Katerine, Édouard Sulpice

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