LES AUTRES FILMS

CE N’EST QU’UN AU REVOIR de Guillaume Brac (ACID) ★★★★
Chaud chaud chaud cacao à l’ACID, où l’un des cinéastes français les plus estimés poursuivait son histoire houleuse avec cet accélérateur de particules qu’on appelle Cannes! La carrière du bonhomme s’est curieusement dessinée jusque-là en dehors du Palais et de ses festivités, ce qui n’est pas si fréquent pour les gens de son âge… D’âge il est justement question dans ce nouvel opus consacré aux (intenses) amitiés d’internat: Aurore, Nours, Jeanne, Diane viennent de passer des mois et des mois dans des chambres communes étroites, parfois tellement que le Guillaume est obligé de sortir dans le couloir pour pouvoir poser son pied de caméra. Mais tout l’édifice relationnel est menacé par ce vilain et déchirant invariant: La Fin du Lycée, et les destinées séparées qui lui seront bientôt associées.
La peur de la perte montre le bout de son nez et pour certains des jeunes interrogés dans ce docu à la manière de L’île au trésor, ce n’est pas la première fois (récent décès d’un proche, éducation contrariée par un père marin qui s’est à contre-coeur « sédentarisé » pour voir grandir sa fille, etc.) A cela, s’ajoutent les fréquents tourments générationnels que la presse dépolitisée qualifie parfois d’« éco-anxiété », la sélection par l’algorithme à l’Université ou des heurts avec les forces de l’ordre autour de méga-bassines. On est bien loin de l’insouciance propre au film de djeun’s et la jolie force de ce (court) long-métrage est peut-être de montrer que pour cette jeunesse, l’enseignement n’est pas nécessairement synonyme de psoriasis recouvrant les rares parties du visage non concernées par l’acné, mais au contraire, qu’il a tout d’un refuge contre la violence du dehors. Alors que la bande de Breakfast Club ne cherchait qu’à s’échapper de la salle où elle était retenue pour effectuer sa colle, le petit crew soudé du cité-dortoir présent ici n’envisage pas du tout sa séparation hors de la charmante maisonnée, située quelque part dans la Drôme. L’autre réussite de ce film « sarouelle et sciences appliquées » tient aussi dans ce paradoxe: c’est dans le flot de paroles et dans l’art de manier le langage, plus que dans des « sons » techno au grand air où tout le monde a franchement l’air de se faire chier, que se déploie le véritable spectacle propre à la jeunesse. Et ça, notre Guillaume – qui n’a rien d’un brac au demeurant! – l’a très bien compris! GAUTIER ROOS
| 1h 06min | Documentaire De Guillaume Brac | Par Guillaume Brac |



