« Furiosa » de George Miller: des visions d’horreur et de folie jamais vues dans la saga Mad Max

Ça commence par un fruit, ça finit par une graine. Ça commence par le jardin d’Éden en flammes, ça finit par une Apocalypse silencieuse. Homère et les textes sacrés selon Miller, forcément, ça se relit à l’envers, c’est-à-dire par le bon bout. Le Wasteland, à un moment entre Mad Max 2 et Fury Road. Un havre de paix où la nature prolifère encore est découvert par un petit groupe de motards. Pillant brièvement les lieux, ils emportent avec eux le plus précieux des gages: une petite fille en pleine santé, à la peau blanche et aux dents bien faites. Grâce à elle, ils espèrent obtenir les faveurs de Dementus (Chris Hemsworth), leur chef tout-puissant et tout-taré, à la recherche d’un lieu où installer son empire en germe. Mais la rencontre entre cet enfant et cet homme va s’exécuter brutalement, déclenchant une spirale de vengeance impossible menant à la naissance de Furiosa. Soit le vrai personnage principal de Mad Max: Fury Road.

Difficile de parler de ce film sans évoquer la façon dont il complète et transforme le film de 2015 qui, s’il constituait l’aboutissement formel de ce que Miller avait commencé en 1979, était aussi une exception narrative dans la filmographie de son auteur. Pure dose d’adrénaline injectée dans les veines du spectateur, Fury Road était l’histoire d’un aller-retour, une course en vase clos qui se suffisait à elle-même. Avec ce Furiosa, Miller entreprend un projet bien different: en discours permanent avec le reste de la saga (rappelons que le film est sous-titré « A Mad Max Saga »), et particulièrement avec le précédent opus, le film prend la forme de l’épopée épique, convoquant une forme narrative bien plus étalée et dense qui fait intervenir un chapitrage et même un conteur. Renvoyant au motif de l’apparition progressive du héros qu’avait mis en place Fury Road (Tom Hardy avait le visage couvert pendant la première demi-heure de film), Furiosa est un slow-burner, dans lequel les personnages connaissent des mues très graduées, le personnage de Furiosa n’apparaissant dans sa forme connue que très tardivement. Chez Miller, tout fait signe, tout fait sens. Et cette sensation d’hyper-cinéma que provoque le cinéaste en utilisant, à la manière d’un alchimiste fou, tous les outils possibles à sa disposition (effets de montage, de lumière, costumes, sons, etc.), se révèle ici mise au service de l’évolution lente des personnages, leur inscription dans une histoire qui est la leur, mais qui déborde aussi leurs propres limites.

Le procédé n’est pas sans rappeler ce que James Cameron faisait dans Avatar: la voie de l’eau, inscrivant pour le spectateur son film à la fois dans une continuité propre (celle de sa saga) et universelle (celle des histoires que l’humanité se raconte depuis la nuit des temps). Ce rythme plus posé permet à Miller de donner à vie à des visions d’horreur et de folie jamais vues dans un Mad Max, mais aussi peut-être ses meilleurs dialogues, faisant de la langue un usage blasphématoire, amenant beaucoup d’humour à cette version impie du récit de vengeance. Si les scènes d’action connaissent, elles aussi, un traitement « slow-burn » dans leur construction (éreintante scène d’ouverture, dont on ne sait jamais si elle vient de commencer ou de s’achever), citons quand même un segment central qui a déjà fait beaucoup de bruit, à raison. Nécessitant d’être filmé en petits morceaux de bout en bout de la production, il offre certainement un des segments d’action les plus fous jamais tournés, d’une lisibilité folle et d’une richesse narrative telles qu’on a la sensation de voir Fury Road dans sa version court métrage. Même là, Miller s’amuse à reprendre les codes établis dans les films précédents pour les retourner et offrir, comme un bricoleur de génie récupérant une vieille bécane, quelque chose de neuf. T.R.

22 mai 2024 en salle | 2h 28min | Action, Science Fiction
De George Miller | Par George Miller, Nick Lathouris
Avec Anya Taylor-Joy, Chris Hemsworth, Tom Burke
Titre original Furiosa: A Mad Max Saga

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