[CANNES 2022] GAZETTE CHAOS DU FESTIVAL / JOUR 11

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La Rédaction CHAOS raconte son Festival de Cannes. Jour 11, le dernier: les films de Kelly Reichardt (Showing Up) et Léonor Serraille (Un petit frère), petits, mais très beaux. Et peut-être au palmarès ce samedi soir?

Voici venu le temps de rédiger notre dernière gazette, toujours avec cette pointe d’émotion qui surgit au moment où une parenthèse enchantée se referme. À l’heure qu’il est, nous ne savons absolument rien du palmarès, donc nous allons nous contenter de vous raconter les deux derniers films vus (plutôt très bons), à savoir le Kelly Reichardt et le Léonor Serraille.

Commençons par Showing Up donc qui raconte le quotidien d’une artiste (Michelle Williams) et son rapport aux autres avant le vernissage de son exposition, le chaos de sa vie va devenir sa source d’inspiration… Ça, c’est pour le résumé – un brin évasif (merci quand même pour la référence) – des petites mains d’Allociné. La fiche de Showing Up ne mentionne même pas cet élément d’apparence anodine qui traverse tout le récit de ce (once again) très beau film de notre lady Kelly: l’artiste hérite malgré elle d’un pigeon blessé par un gros matou roux, que lui confie sans ménagement sa propriétaire Lu.

D’abord une charge mentale enquiquinante à l’heure où vous devez préparer le vernissage de votre exposition, l’oiseau gagne peu à peu sa place et devient progressivement le centre névralgique du film, lien souterrain qui unit des personnages tous psychiquement tiraillés entre des aspirations artistiques et le prosaïsme de la vie matérielle. En surface, tout cela paraît assez banal, mais le projet du film (mettre à nu les coulisses pas toujours très funky de la création) n’est en fait pas si commun. Comment opère aujourd’hui un artiste dont la notoriété reste à faire (en arrondissant ses fins de mois dans une école d’art où, derrière la froideur d’un bureau, notre Michelle imprime des flyers d’artistes qui eux-mêmes commencent à gagner leurs galons…) et dont le chauffe-eau en panne contraint au nomadisme permanent pour ne pas sentir le bouc? Michelle semble en rupture avec tout ce qui l’entoure – sa proprio artiste est une proche en même temps qu’une rivale dont la carrière décolle – et paraît souffrir autant que chérir cette solitude dont s’enquiert toute personne ayant des velléités créatrices.

Son visage en dit long sur son rapport au monde: vous allez dire qu’on est sous l’influence de la Tequila distribuée massivement lors d’une festivité quelconque la veille, mais on y a vu un peu de Tilda Swinton dans Memoria, un visage fermé et pourtant disponible sur lequel peut s’inscrire toute une mélancolie antonionienne qui emportera le film longtemps avec nous. Seule ombre au tableau de cette projection pleine de grâce au Grand Théâtre Lumière: André 3000 des Outkast, idole de notre jeunesse scotchée devant les clips d’MTV, s’il joue dans le film, n’était pas là. Belle émotion quand même de se retrouver nez à nez avec l’actrice qui mettait des vents à Dawson dans la série TF1 du même nom!

Petite larmichette émue au moment de découvrir le dernier film français en compétition cette année, un ajout de dernière minute (et qui va nous attraper quelque chose au palmarès ce soir, on peut déjà vous l’annoncer) nommé Un petit frère, réalisé par la maman de Jeune Femme, Léonor Serraille, lauréate de la Caméra d’or il y a 5 ans. En 1989, Rose, mère célibataire, laisse la Côte d’Ivoire derrière elle et s’installe en banlieue parisienne avec ses deux fils, Jean et Ernest. Elle vit d’un job de femme de chambre et collectionne les courtisaneries sentimentales: toute une galaxie d’hommes, dont un rencontré sur les toits de Paris, vient réclamer ses charmes, sans que la femme (jouée par une admirable Annabelle Lengronne qui brigue fortement un prix d’interprétation féminine) n’oriente lisiblement ses choix amoureux.

La liberté sera le fil rouge de ce film plus ambitieux que le portrait de trentenaire un peu déboussolée qu’était Jeune Femme, par ailleurs très bien fait. Fait d’ellipses et de changements de focale entre les personnages, le film n’hésite pas à étendre la durée de ses scènes dialoguées (mais rarement chiantes) et porte en lui une certaine grâce (donc grosse après-midi “grâce” au Grand Théâtre Lumière hier après-midi), attisée par le feu d’acteurs qu’on n’avait encore jamais vus à ce niveau (Stéphane Bak et Ahmed Sylla, qu’on préfère ici que dans une cochonceté cathodique animée par Arthur). On était sortis de la salle en trouvant juste le film d’un bon niveau: douze heures sont depuis passées et on se dit désormais que cette cinéaste a vraiment du caractère, et que Titi Frémaux ne s’y est, c’est pas tous les jours qu’on vous dit ça, pas trompé. Là-dessus, nous refermons nos gazettes Cannoises, que vous pouvez retrouver ici, et l’on se dit rendez-vous ce dimanche pour le Daily Chaos spécial Cannes (préparez-vous au choc) et, surtout, à l’année prochaine, si vous le voulez bien. Vive le cinéma, les chewis.

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