« 99 Moons », du chaos à l’ACID

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Du Chaos à Cannes? Il y en a à revendre dans 99 Moons, de Jan Gassmann, présenté à l’ACID au Festival de Cannes. Une histoire classique racontée dans le contexte contemporain et semi-clandestin des consommateurs de musique techno et de MDMA.

Les 99 lunes du titre indiquent la durée de la relation décrite dans le film, qui couvre donc une période d’un peu moins de 8 ans, avec beaucoup d’ellipses. C’est une histoire d’amour obsessionnelle qui commence avec Bigna, une chercheuse de 28 ans, maniaque du contrôle, qui planifie ses aventures sexuelles avec une rigueur scientifique : les rencontres sont brèves, anonymes et sans lendemain, elles impliquent des jeux de rôles et une certaine dose de domination. Jusqu’au jour où elle rencontre Frank, 33 ans, un DJ lié à la mouvance underground, qui tombe immédiatement sous l’emprise de Bigna et demande à la revoir. Elle refuse, tout en admettant qu’elle est tentée d’enfreindre ses propres règles. Lorsqu’ils se revoient, ils développent une addiction irrésistible l’un pour l’autre. Au même moment, les études de Bigna sur le comportement des animaux porte ses fruits: elle a été choisie parmi plusieurs candidats pour participer à un programme d’étude sur la prévention des catastrophes naturelles. Mais au moment de prendre l’avion pour le Chili, son instinct la retient, et elle se retrouve dans un taxi pour rejoindre Frank. De là, leur relation connaîtra des hauts et des bas, et poussera les limites de toutes les questions qui peuvent se poser dans ce genre de relation réciproque où l’un ne peut pas vivre sans l’autre, sans pour autant pouvoir vivre avec.

Une histoire classique, donc, racontée dans le contexte contemporain et semi-clandestin des consommateurs de musique techno et de MDMA. On pense à Gaspar Noé pour l’intensité des scènes de club, et à Nicolas Winding Refn pour la façon de tourner dans l’ordre chronologique, mais avec un style très personnel. Le réalisateur suisse Jan Gassmann vient du documentaire dont l’influence se ressent dans sa manière de décrire le monde du clubbing underground comme s’il nous faisait visiter un milieu dont il connaît les entrées. Il a choisi de faire appel à des interprètes non professionnels et le résultat est assez stupéfiant tellement ils sont naturels et justes. Dans les notes de production, il indique avoir fait appel pour l’occasion à un «coordinateur d’intimité», chargé de mettre à l’aise les comédiens pendant le tournage des scènes de sexe, qui sont assez intenses. L’image généralement désaturée semble traduire la volonté des personnages d’exclure toute forme de sentiment, de même qu’ils évitent d’en parler, ce qui devient compliqué avec le temps, qui est un facteur important. La limite du film est atteinte par la nature même de son sujet qui aboutit à une impasse, sans avoir jamais laissé à ses personnages la possibilité d’articuler une pensée, comme s’ils n’étaient déterminés que par leur instinct. Symboliquement, le doublement du chiffre 9 semble indiquer la fin d’un cycle et donc peut-être le début d’un autre. G.D.

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