Faut-il envisager le retour de l’artillerie lourde américaine? La présentation du Scorsese, histoire de laver l’affront de Roma à Venise l’an dernier? Du Triet, du Borleteau, du Zlotowski en sélection officielle? La 72e édition du Festival de Cannes, qui se tiendra du 14 au 25 mai 2019, nous fait déjà saliver. Voici 24 films que l’on verrait bien sur la Croisette.
PAR GAUTIER ROOS
Ad Astra – James Gray
Un film de SF réunissant Brad Pitt, Ruth Negga, Tommy Lee Jones et Donald Sutherland et qui sort le 24 mai ne peut décemment pas échapper au tapis rouge. Ni peut-être à un prix, récompensant enfin l’éternel recalé de la Croisette.
The Dead Don’t Die – Jim Jarmusch
Jarmusch + zombie + comédie horrifique + Adam Driver, Bill Murray, Tilda Swinton = vous pouvez déjà réserver votre place au chaud dans le Grand Théâtre Lumière.
Le daim – Quentin Dupieux
La présence de Jean Dujardin et d’Adèle Haenel devrait susciter la curiosité des amateurs de la Quinzaine, un lieu bien plus débraillé que la Sélection officielle, où cet objet zarbi a toutes les chances de concourir.
Once Upon a Time In Hollywood – Quentin Tarantino
On voit mal comment celui-là pourrait échapper aux radars de Titi Frémaux, d’autant que cette projection spéciale devrait avoir la particularité de réunir les survivants du Nouvel Hollywood (vous connaissez déjà le sujet du film). En plus, Brad Pitt sera déjà sur place pour le James Gray: la séance à ne pas louper du festoche.
Parasite – Bong Joon Ho
Netflix n’est pas dans les parages cette fois: autant dire que la réconciliation post-séance sabotée est déjà actée.
The Irishman – Martin Scorsese
Netflix toujours: l’occasion d’un rabibochage général entre le délégué général et le mastodonte du contenu (associé à un coup de pression féroce sur la chronologie des médias pour faire passer la pilule). Et n’oubliez pas que ni Pacino ni De Niro ne sont éternels…
The Laundromat – Steven Soderbergh
L’éternel revenant du « ciné indé à gros budget » revient avec un thriller sur les Panama Papers: la caution Oliver Stone de cette édition 2019.
Portrait de la jeune fille en feu – Céline Sciamma
Discrète depuis sa performance derrière les platines à la soirée 120 BPM, Céline « pur produit cannois » Sciamma sera bien là, dans un film en costumes qui sent vraiment très fort la Compèt.
Sybil – Justine Triet
ACID, Semaine de la critique, et désormais Sélection officielle (ou pas loin): si le film est prêt à temps, on devrait assister à la montée des marches tricolore glam de cette édition, avec un cast qui a saigné le tapis rouge ces dernières années (Virginie Efira, Adèle Exarchopoulos, Gaspard Ulliel, Niels Schneider…). Attention quand même à pas nous faire une Valérie Donzelli, qui sera peut-être présente elle aussi avec son Notre Dame (réservé à ceux qui n’en ont pas marre de voir la trombine de Deladonchamps).
Ema – Pablo Larraín
Un film relatant « une tuerie islamophobe survenue après le 11 septembre au Texas » avec Gael García Bernal ne peut qu’attirer sur lui la faveur des pronostics. Et puis c’est parfait pour compléter le contingent sud-am : grosse cote.
Bacurau – Kleber Mendonca Filho
Il n’y a qu’à Cannes qu’un « Délivrance version SF » avec un titre évoquant le cabillaud peut voir le jour. On peut vous jurer qu’il y sera.
Chanson douce – Lucie Borleteau
Après son Fidelio, l’odyssée d’Alice, la jeune réal qui court les apparitions dans les films sponsorisés Inrocks adapte du Leila Slimani avec l’aide de Jérémie Elkaïm, et Pascal Caucheteux à la prod. Emballé, c’est pesé.
Domino – Brian de Palma
On y croyait un peu l’an dernier, on en parle un peu moins cette année : soit le nouveau projet délicat de Brian de Palma est l’événement qui le réconcilie avec ses fans, soit il sort direct en VOD et personne n’en parle. Le film couperet de cette sélection.
Radegund – Terrence Malick
L’homme qui a autant tourné en six ans qu’en quarante devrait avoir finalisé son nouveau bébé à temps: la critique peut déjà commencer à le bichonner, ou à le flinguer, c’est selon le camp que vous avez choisi.
Douleur et gloire – Pedro Almodóvar
Le grand copain de Thierry Frémaux sèche rarement la Côte d’Azur, et Pathé a déjà mis en boite la bande-annonce sans trop s’avancer sur la date: pourquoi pas un exil vers les sélections parallèles cette année?
Midsommar – Ari Aster
Sombre inconnu il y a encore six mois, notre chouchou Ari Aster (Hérédité) pourrait bien être la caution horror de cette édition, pris en sandwich entre deux polars coréens en séances de minuit.
Une fille facile – Rebecca Zlotowski
Magimel featuring Clotilde Courau featuring Zahia (la Zahia de Ribéry): ce grand n’importe a quoi quelque chose d’éminemment chaos. On en salive déjà.
Jeanne – Bruno Dumont
Après un détour (hardcore) par la Quinzaine il y a deux ans, le grand retour de Bruno en sélection officielle, avec le sentiment que le Jury ne le laissera pas repartir bredouille…
The Wild Goose Lake – Yi’nan Diao
Memento vient de vendre les droits du film à l’international: après Black Coal à Berlin en 2014, on voit même pas comment le film pourrait échapper aux sélectionneurs azuréens. L’homme qui faisait du Jia Zhangke encore mieux que Jia Zhangke.
Mektoub My Love: Intermezzo – Abdellatif Kechiche
Il a beau avoir des casseroles aux fesses, Abdellatif doesn’t care : son Canto Uno a tellement mis tout le monde d’accord l’an dernier que, #MeToo ou pas, on prend. Même s’il vient avec ses rushes uniquement.
Yves – Benoit Forgeard
How about la Semaine de la critique pour son deuxième long??? Il faut bien trouver un prétexte pour faire venir Philippe Katerine de toute façon.
Roubaix, une lumière – Arnaud Desplechin
Un Cannes sans Desplechin ni Léa Seydoux n’est pas vraiment Cannes. Coïncidence stupéfiante, les deux seront réunis pour cette grande première qui peut effrayer… Le seul doute qu’on a n’est pas sur la sélection, mais sur les délais un peu short (pas certain que le film soit prêt à temps).
Zombi Child – Bertrand Bonello
Là encore, c’est la date butoir qui peut bloquer, et non le film en lui-même (un hommage ésotérique à Romero tourné en Haïti: miam).
Molly in the darknet – Gaspar Noé
Tout comme Lucile Hadzihalilovic, Gaspar Noé a un projet dans les cartons pour cette année, dont seul un tournage en loucedé façon Climax pourrait permettre une sélection. On a des gros doutes, mais après tout, l’espoir fait vivre (et le temps détruit tout).

