CANNES 2015. GREEN ROOM de Jeremie Saulnier : Hey Punks get off the grass!

La “green room”, c’est la pièce où attendent fébrilement les groupes avant de monter sur scène. Ce lieu de toutes les tensions se révèle le cœur névralgique de ce film horrifique présenté à la Quinzaine des réalisateurs au Festival de Cannes 2015. On était très contents de le découvrir dans ce cadre-là.

Jeremy Saulnier, à qui l’on doit Murder Party (une petite parodie goreuse sans prétention) et Blue Ruin (thriller très proche du Sang pour Sang des Coen bros), réalise avec ce troisième long métrage un fantasme vieux de 10 ans : un “film de siège” doublé d’un survival faisant appel à son passé (il a fait partie d’un groupe punk rock), à ses fantasmes (se produire sur scène lui donnait la sensation d’être dans Mad Max), à ses souvenirs aussi sans doute (revoir le clip Two Tribes de Frankie Goes To Hollywood).

Ainsi, des punks rebelles en quête de gloire et de reconnaissance parcourent des villes atroces, accumulent les prestations dans des salles de concerts de merde. Ce jour-là, ils se produisent sur scène devant des skins archi-vénères. Ce sont tellement des punks qu’ils tremblent à peine quand ils beuglent dans le micro que les nazis, bah, ce sont des fiottes. Au moment de filer, l’un des membres de cette formation punk à chier part récupérer un portable oublié dans la green room et ta-dam! tombe sur le corps inerte d’une jeune femme, un couteau planté dans la tête. Oups. Puis les nazis voient que le punk a vu le cadavre. Puis les membres du groupe déjà honteux de leur slogan “Nazi punks, Fuck off !” voient que leur pote a assisté à un truc pas clean. Puis puis puis ils se retrouvent piégés dans la green room, attendus comme des loups blancs par les nazis. Pour survivre, ils vont devoir lutter contre ceux qui veulent les éliminer.

Vous avez bien compris, Green Room ça raconte « punks versus nazis » et c’est tout. Pas besoin de rédiger une thèse de troisième cycle. Genre t’es vraiment punk? Bah prouve-le. Genre t’es vraiment nazi? Bah prouve-le. Et il faut avouer qu’à ce petit jeu, les personnages se débrouillent pas mal. Des décennies avant que la consommation de nouveaux films soit synonyme de VOD et/ou de téléchargement pirate, on parie que Green Room, semblant d’ailleurs dans sa facture provenir des années 90, aurait constitué un diamant méconnu sur les étagères du vidéo club. En effet, quel pied on aurait pris, dans notre tendre adolescence, en découvrant un samedi soir entre deux Face à la mortce régal de série B qui, aujourd’hui, pourrait se résumer à une formidable addition de tags sur Imdb (Punks + Nazis + cutter + chevrotines + Pit Bull + gunfight + défiguration + Hannibal + lol). Oui, oui, ce film existe et il est fatalement chaos.

L’ombre au tableau, c’est que si l’on prend beaucoup de plaisir à le regarder, d’autant que le plaisir avec lequel il a été conçu se révèle infectieux, il n’inspire rien de plus que la reconnaissance de cette qualité et ne fascine pas autant qu’une greffe inédite comme It Follows l’année dernière, grande sensation horrifique de Cannes 2014 demandant à ce que l’on vienne plusieurs fois à elle. Est-ce une raison pour bouder? Absolument pas! Le résultat s’avère über efficace, drôle, premier degré, jamais dans la frime, empruntant aux enjeux rudimentaires du slasher de base (qui va y passer en premier entre Scoubidou, Kevin et Samantha?) et assumant son surmoi John Carpenter partout, sans synthé s’te plaît.

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