Canine : Interview Yorgos Lanthimos

Après avoir étudié à l’école Stavrakou à Athènes et mis en scène des pièces de théâtre et des clips vidéo, Yorgos Lanthimos signe avec Canine un second long-métrage absurde et dérangeant qui emprunte beaucoup de ficelles aux surréalistes afin de décontenancer les spectateurs. Ça passe ou ça casse.

Qu’est-ce qui vous a donné envie de faire du cinéma ?
Je l’ai découvert avec des films de genre réalisés par Sergio Leone. C’est grâce à des cinéastes comme lui et une tendance à aller vers des fictions moins mainstream et plus obscures, comme celle de Robert Bresson et Michael Haneke, que je me suis mis à étudier le cinéma et raconter des histoires avec un ton que j’espère personnel. Canine est mon second long-métrage après Kineta, une œuvre dans la même veine dans laquelle un flic, une femme de chambre et un photographe sont condamnés à répéter les mêmes actes dans une station balnéaire. De l’un à l’autre, je constate que j’aime essentiellement raconter des histoires sordides sur un ton très léger. C’est ce que je suis aussi dans la vie de tous les jours : je ne prends rien au sérieux. L’absence de limite m’est propre et je la montre dans Canine à travers le ludisme : comment le jeu, le plaisir de la découverte et de l’apprentissage permettent de connaître les autres et de se connaître ?

Le cinéma grec est encore confidentiel. En France, on connaît surtout Theo Angelopoulos (L’éternité et un jour, 1999), Nikos Nikolaïdis (Singapour Sling, 1990), Constantinos Giannaris (From the edge of the city, 1998) ou encore Dennis Illiadis (Hardcore, 2004). Vous vous situez où ?
Nulle part. Tous les cinéastes que vous venez de citer ne constituent pas une vraie influence, pas plus qu’ils appartiennent à un courant. Je les admire beaucoup. De la même façon, il y a peu de soutien entre artistes. Faire un film en Grèce est une lutte. J’ai eu un budget réduit de 250 000 euros et nous avons tourné essentiellement en plein été à Athènes. L’avantage, c’est que les rues étaient désertes et que tous les magasins étaient fermés. On ne sait pas s’il y a un avenir mais arriver à monter son projet et s’y tenir, ça relève déjà de l’exploit.

Comment expliquez-vous que personne ne comprend la même chose après avoir vu Canine ?
C’est une bonne chose, selon moi. Tout ce que je peux dire, c’est que Canine est un film sur la famille en Grèce qui témoigne de la force du patriarcat, toujours aussi prégnante depuis l’Antiquité. Cloîtrés chez eux, les enfants deviennent dépendants et crédules. L’extérieur n’y est jamais montré, son existence repose sur notre imagination. Il y a quelque chose de l’ordre de la manipulation psychologique et de l’ambiguïté des bonnes intentions : est-ce qu’en protégeant ses enfants du monde extérieur, on ne donne pas naissance à des monstres ? En même temps, les événements sont tellement allusifs que le spectateur a la liberté d’interpréter les scènes en fonction de sa sensibilité, voire de plaquer son propre parcours. Ce qui est sûr, c’est que je ne veux pas influer, donner trop de pistes, parce que je suis persuadé qu’un regard extérieur apporte plus que ce que je peux apporter.

Un film grec qui traite de la famille… Vous n’aviez pas peur des clichés ?
Ça m’amuse beaucoup. Justement, je joue beaucoup sur les clichés. Le mot d’ordre pendant l’écriture du scénario et le tournage consistait à rester le plus ouvert possible. De la même façon, la conclusion est extrêmement ambiguë : certains diront que c’est une fin positive, d’autres affirmeront qu’il s’agit d’une fin tragique. Je veux que le spectateur soit actif et non passif, qu’il ne gobe pas un message prémâché pour lui dire ce qu’il doit penser. Qu’il aime Canine ou pas ne m’importe pas, au fond : je ne cherche pas à séduire ni même à choquer, encore moins à donner de la chair à théorie aux intellectuels. Je cherche juste une émotion bizarre dans une gamme variée d’émotions.

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