Bullhead : Interview Matthias Schoenaerts

Matthias Schoenaerts est la créature tragique de Bullhead, extraordinaire premier long métrage de Michael R. Roskam. Prochainement chez Jacques Audiard, il s’impose comme l’une des vraies révélations de l’année.

Comment êtes-vous arrivé sur ce projet?
J’ai joué dans le court métrage Une seule chose à faire (2005), de Michael R. Roskam. A l’époque, j’ai senti que j’avais affaire à un vrai tempérament de cinéaste et nous nous sommes parfaitement entendus. Peu de temps après, Michael m’a parlé du projet de long métrage qu’il scénarisait et, d’emblée, j’ai manifesté mon intérêt. Il m’a parlé de ce personnage en marge et ça m’a immédiatement touché. Dès le départ, je me le suis approprié. Michael et moi avions la même volonté : humaniser un monstre. Puis, Michael m’a appellé pour assurer qu’il avait le financement et que le tournage allait débuter dans un an et demi.

Votre personnage a un corps athlétique et un regard d’enfant perdu. Comment avez-vous travaillé cette ambivalence?
Dans un premier temps, il fallait se préparer physiquement. J’ai pris une trentaine de kilos pour ce rôle. J’ai fait beaucoup de musculation, beaucoup mangé… Mais si l’apparence physique avait une part importante dans le récit, la vérité du personnage réside selon moi dans sa vulnérabilité, sa fragilité. Je me suis dit que si j’avais cette carcasse de muscles, je pourrais me concentrer sur cette sensibilité-là, la travailler d’avantage. Je ne réalisais pas à l’époque la difficulté de concilier le physique et l’émotionnel.

Quelles ont été vos sources d’inspiration?
Il fallait que je me déplace comme un animal. Evidemment, je me suis inspiré de la créature de Frankenstein. Et je conservais aussi l’image du minotaure, un mélange d’homme et de bête.

Bullhead a été ovationné dans les festivals du monde entier et récolte une nomination aux Oscars pour celui du meilleur film étranger. Ça vous inspire quoi?
Beaucoup de fierté, évidemment… Tout a vraiment commencé lorsque le film est sorti en Belgique. L’accueil a été phénoménal. Aussi bien la presse que les spectateurs, les réactions étaient unanimement positives. Bullhead me tient totalement à cœur parce qu’il représente tout ce que je recherche au cinéma : une histoire très solide qui donne envie de s’investir à fond et pour laquelle j’ai eu un vrai coup de cœur. Je fonctionne comme mon personnage : à l’instinct.  En ce qui concerne les Oscars… C’est vrai que l’accueil très bienveillant des américains peut surprendre au prime abord. Mais cela vient sans doute du contexte exotique, du fait que ça renvoie à une tradition de films de gangsters et que Michael R. Roskam joue sur l’empathie, l’identification, la compassion. Ce sont des émotions nobles, d’autant que le spectateur peut exprimer les sentiments à la place du personnage principal totalement imperméable à l’amour: il ne sait pas comment aimer ni être aimé. Mais… il a des circonstances atténuantes.

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