Ce cinéma-là fait toujours l’effet d’un coup de poing dans la tronche, jusqu’à provoquer notre épuisement par K.O., voire par chaos.
PAR JEAN-FRANÇOIS MADAMOUR
Quelques jours après le suicide de sa compagne, Goda (joué par Tsukamoto lui-même), simple employé, croise dans une ruelle une fille qu’il avait rencontrée et sauvée peu de temps avant, alors qu’elle tentait de se jeter sous un train. Mais celle-ci, hurlant au viol, le publicitaire se retrouve face à face à une bande de loubards. Agressé et volé, il est sommé par ces derniers de ramener tout son argent la prochaine fois. À bout de nerfs, l’homme décide d’acheter une arme. Mais lors de la transaction, il ne remarque pas que l’arme en question n’est qu’un simple pistolet à eau. Il se résout alors de monter son propre revolver avec des pièces de métal. Confronté aux gangs et à l’offense, il n’a plus qu’une obsession: tuer.
Quand on vous dit qu’en substance, Bullet Ballet raconte « l’histoire d’un publicitaire qui accumule les expériences physiques et affectives les poussant jusqu’à leurs plus extrêmes limites », cela vous rappelle évidemment quelque chose. Bien sûr, ce n’est pas une surprise, on sait que depuis son coup d’essai (le mémorable Tetsuo en 1987), ce génie révolutionnaire de Shinya Tsukamoto, sous influence de David Cronenberg pour son premier et de Leos Carax sur celui-ci, s’avère régulièrement copié par des hordes de clippeurs et de jeunes cinéastes occidentaux qui n’en reviennent toujours pas de découvrir pareils trésors d’imagination. Et inutile d’ajouter que oui, David Fincher l’a évidemment pillé – et formidablement, d’ailleurs – pour son Fight Club en 1999.
Ceux qui se sont risqués à donner une interview à Shinya Tsukamoto connaissent la douleur d’avoir mené un entretien avec un artiste qui, sans même prendre la pose arrogante, vous répond le plus simplement du monde par des oui et des non à vos questions les plus complexes. En même temps, ça se comprend: chez lui, tout est sur l’écran et ça se passe de commentaires. Bullet Ballet est un électrochoc, une expérience doloriste qui se vit physiquement et qui n’appelle aucun commentaire théorique. Un grand film de fin de siècle, totalement en avance sur les autres qui, avec son esthétique urbaine (noir et blanc, climat paranoïaque…), ses gnons et son romantisme sadomasochiste (plus maso que sado, d’ailleurs), rappelle que plus l’art est sauvage, plus il est beau.


![[L’ENFANT DU DIABLE] Peter Medak, 1980](https://www.chaosreign.fr/wp-content/uploads/2018/10/changell-1068x601.jpg)