Présenté pour l’occasion par son producteur, Andrew Starke, Bulk de Ben Wheatley ne filme pas un récit : il vomit une carte, il tatoue un plan cabalistique sur la rétine, il balance un labyrinthe fait de rubans de Möbius, d’annotations gribouillées et de clins d’œil SF pour drogués au papier jauni de 2000 AD. Ici, la narration ne guide pas : elle te pousse dans une cave humide, te file une lampe torche qui clignote et ricane en te laissant errer parmi les graffitis métaphysiques. C’est du « Tenet à dix balles » mais en plus vicieux, avec le goût du puzzle pour le puzzle, le plaisir d’un Rubik’s Cube trempé dans le cambouis.
Sam Riley cabotine en anti-héros ballardien, l’air de traîner une gueule trop vieille pour ces conneries interdimensionnelles, Alexandra Maria Lara et Mark Monero se perdent avec lui dans ce dédale conceptuel qui ressemble plus à un cauchemar après indigestion qu’à une quête mythologique. Wheatley, malin comme un renard galeux, balance ses influences direct dans le générique, sous forme de storyboards et croquis : comme si les plans secrets du film étaient écrits sur un rouleau de PQ.
Le film est tout et rien : carte sans territoire, territoire sans carte. Pour les initiés, c’est un festin crypté, une messe noire de références, une chasse au Minotaure où chaque couloir débouche sur une blague privée. Pour les autres, c’est un marathon sur tapis roulant, une branlette cérébrale qui fait suer sans jouir. On rit, mais jaune, devant ce foutoir volontaire, ce cirque d’énigmes qui se plie et se replie comme un intestin géant.
Mais c’est ça la force de Bulk : foutre son spectateur dans une centrifugeuse baroque, le secouer jusqu’à ce qu’il confonde plaisir et migraine. Ceux qui décrochent crieront au vide. Ceux qui s’accrochent lècheront les murs du labyrinthe en rigolant comme des gosses hystériques. Wheatley ne filme pas pour convaincre : il filme pour égarer, pour tester qui a les couilles de se perdre. Et franchement, on aime ça.



