« Broken » de Nine Inch Nails, anthologie de clips-scandale : accrochez vos ceintures et n’espérez aucun airbag

À musique chaos, clip méga chaos. Une évidence que Nine Inch Nails avait bien tenu à assimiler. Si on doit faire du bruit, autant se servir d’un tel média pour en faire davantage: la tendresse et la finesse ? Connaît pas ! À l’époque, découvrir les clips de Nine Inch Nails – si on y arrivait – faisait l’effet d’une lame de rasoir qui vous caressait la peau. Après l’expérimental Down It qui se terminait sur la fausse mort de Trent Reznor (la police, ayant récupéré les rushes, croyait réelle) et le provoc’ Sin (chant de bondage et de luxure), il fallait frapper plus fort que tout, quitte à faire la nique à tout ce qui pouvait être existant, même dans le cinéma de genre.

On ne parle pas évidemment de Closer ou de The Perfect Drug (devenu des incontournables du clip weirdo chaos), mais de Broken, une anthologie de plusieurs clips qui se diffusa sous le manteau pendant de nombreuses années. Sans doute le moyen de découverte et de diffusion le plus évident pour cette bande ultra-déviante, héritière évidente du mythique Despair (une vidéo expérimentale ultra-underground qu’on ne détaillera pas par décence). Images crasses, images volées : une voiture sillonne les rues d’une petite ville, cherchant la victime idéale. Accrochez vos ceintures et n’attendez aucun airbag. Signé de différentes mains (Peter Christopherson, Jon Reiss, Eric Goode, Serge Becker) Broken ressemble à un cadavre dont chaque clip serait un organe, le corps un snuff movie (faux bien sûr, on se calme) en guise de fil rouge: Pinion et Gave Up, très courts, font office d’articulations, n’excédant même pas deux minutes.

Dans le premier, on voit la caméra plonger littéralement dans une cuvette de WC, dévoilant l’impensable sous le labyrinthe de tuyauteries, et Gave Up malmène un costard cravate, entre une pelletée de mouches et les joies de la soumission. Alors que Wish fait office de clip plutôt pro (on y voit Reznor jouer dans une ambiance façon pogo dans un asile, avec figurants en bataille et plan à la grue), Happiness in a Slavery lui, marquera toute une génération par son jusqu’au-boutisme gerbant. Invitant le masochiste Bob Flanagan (héros du génial doc Sick), la vidéo le montre subir avec délectation les assauts d’une machine de torture, pinçant, jouant, triturant, avant de broyer, déchiqueter et annihiler son cobaye. Si évidemment la partie gore est entièrement fake, la première laisse carte blanche à la jouissance de Flanagan. Alerte chaos.

Entre ces charmants segments, un home movie venu des enfers montre comment un jeune garçon finit tué par son ravisseur, dont des images plus léchées dévoileront plus loin l’arrestation et l’exécution. À un rythme frénétique, rien ne nous est épargné, la victime étant castrée, violée, découpée, tronçonnée, éviscérée, et pas toujours dans l’ordre que l’on imagine. Des images toujours aussi insoutenables, annonciatrices de tout un pan du cinéma de genre : des carnages débilos de Fred Vogel à l’esthétique rouille cracra de Saw, le torture porn qui envahira le genre une quinzaine d’années plus tard pompera et étalera sans répit les excès déjà entrevus dans Broken.

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