La même année que l’abrasif À ma soeur!, Catherine Breillat prend des mesures et s’exécute à une commande Arte pour la collection Masculin/Féminin (où participeront entre autres Mathieu Amalric, Nabil Ayouch ou Laurence Ferreira Barbosa) avec Brève Traversée. Un petit film simple, direct, probablement un de ses meilleurs même, où elle scrute deux figures qui la fascine depuis toujours: celle de la femme et de l’adolescent. Et pour une fois, un garçon, et non pas d’une jeune fille, comme on pouvait en croiser dans Une vraie jeune fille, A ma sœur! ou 36 Fillettes.
Celui-là, Thomas, débarque en trombe pour prendre un ferry qui rejoint le Havre et Portsmouth: sa carte d’identité est flinguée, mais on le laisse passer. On apprendra plus tard qu’il a seize ans. Au self, il croise la route de Alice (Sarah Pratt, troublant sosie de Julianne Moore), une belle rousse british, totalement seule. Quelques échanges à base de plateaux et de frites les connectent le temps d’un instant, et les voilà qui partagent la même table. La maladresse du garçon n’empêche pas la photographe de le regarder de la tête au pied, manifestement attendrie. La discussion peut débuter. Le garçon aligne les cigarettes, prend parfois un air entendu, presque arrogant, jouant au grand. Un peu plus tard, à l’ombre d’une discothèque, la jeune femme évoque sa récente séparation: au détour d’un numéro ringard de magicien, qu’elle voit comme une parabole de la relation homme/femme, les mains se touchent, l’air de rien. Elle séduit, mais déclame que les hommes l’ont trop fait souffrir, sauf «peut être ceux qui sont très jeunes, qui ont le goût de la poésie comme les jeunes filles, et des lèvres comme des fruits mûres». Elle sait ce qu’elle fait, sait où ça mènera, elle avance, recule, empêche, saute. Mais le puceau veut vivre sa traversée de l’amour et accomplir son fantasme de MILF.
Le format télé n’empêche évidemment pas Breillat de filmer le passage à l’acte crûment: lui, tremblant, tentant de conquérir un corps de femme comme une montagne, et elle, amusée, se laissant aller à ces saillies. Un tout qui forme le brouillon évident de L’été dernier, sans la monstruosité du personnage de Léa Drucker (quoique…) mais avec la même acuité sur ce rapport d’ascendance. Ici, chacun trouve ce qu’il veut (un pansement pour elle, l’accomplissement d’un fantasme pour lui), mais personne ne regarde dans la même direction. On serait tenté de croire à la romance express, au plaisir de l’éphémère… Mais la conclusion tranchante comme un rasoir ramène Cathy l’insoluble, Cathy l’impitoyable. Évidemment… J.M.
| 1h 24min | Comédie, Drame De Catherine Breillat | Par Catherine Breillat Avec Sarah Pratt, Gilles Guillain, Marc Filipi |



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