« Boxing Helena », « Color of Night », « Female Perversions »… Ces thrillers érotiques à voir avec « Babygirl »

Amorcée dans les années 80 autant par Brian De Palma qu’Adrian Lyne, la mode du drama et/ou thriller érotique (qui voisinait très souvent sans protection avec le thriller domestique, son voisin) explose dans les années 1990 par l’entremise d’un certain Basic Instinct. Une vague sexy qui fit probablement bien rire les italiens (déjà habitués avec le giallo) et les Japonais (le Roman-Porno, c’était ça aussi) mais qui terrifia les censeurs américains, à l’époque fort hostiles, et donna bien des vapeurs à tout un public coquinou. À l’occasion de la sortie de Babygirl, retour en cinq films sur une mode à réévaluer en ces temps de chair froide.


Boxing Helena (Jennifer Lynch, 1993) 
Attention, tous aux abris! Souhaitant œuvrer dans le bizarre sulfureux qui a fait le succès de son papa regretté, Jennifer Lynch tourne une sorte de roman harlequin interdit, aux vagues relents ero-guro (un stalker conserve le corps totalement amputé d’une belle jeune femme) qui rate à peu près tout ce qu’il entreprend pour notre plus grand plaisir. Sherilyn Fenn, ravie, branle des fontaines au ralenti sous les yeux effarés des invités d’une fête alors que Julian Sands (qui n’a jamais été aussi nul) prend une prostituée par-derrière sur fond de Enigma (SADE DIS MOI!!). Il fallait être là, on vous dit.


Sliver (Phillip Noyce, 1993)
Réalisateur tenace (on lui doit Calme Blanc, qui a fait partie des grands annonciateurs du thriller domestiques et érotiques), chef op de rêve (Vilmos Zsigmond, excusez du peu), décor grand luxe avec sa grande tour high tech, une star tout feu tout flamme, une BO bien bien bien dans l’air du temps (UB40, Neneh Cherry, Enigma – oui encore ! -, Massive Attack, The Verve…)… Si Sliver en a pris pour son grade, c’est probablement la bêtise de son script, en l’occurrence l’adaptation d’un livre de Ira Rosemary’s Baby Levin revisitée par ce bourrin de Joe Eszterhas. À la revoyure, c’est bête oui, mais pas désagréable du tout, avec un William Baldwin autant, voire plus érotisé que sa collègue féminine. Comme les nombreux thrillers priapiques qui lui succédèrent, le bidule agit comme une capsule temporelle sexy-chic effervescente. Et n’oublions pas Sharon Stone qui découvre le plaisir sur fond de Unfinished Sympathy. Comment résister…


Color of Night (Richard Rush, 1993)
Quant un vieux baroudeur d’Hollywood disparu depuis des décennies (on lui devait les excellents Les anges gardiens et Le diable dans la boîte) se voit offrir un sexy thriller maousse avec LA star masculine du moment, tout ce qu’on peut s’imaginer est en dessous de la réalité. Accoquiné avec Jane Marsh, alors la nymphette de L’amant, l’emblème de la saga Die Hard s’offre un tourbillon lascif où il ne cachera plus grand-chose en dessous de la ceinture! L’intrigue improbable renoue, probablement accidentellement, avec les éclats du giallo dans un fatras fascinant, exagérément hot et magistralement ringard.


Harcèlement (Barry Levinson, 1995) 
Michael Douglas revient encore dans son costume de mâle alpha victime de connasses fantastiques. Après Glenn Close et Sharon Stone, voilà Demi Moore! Sublime, déchaînée, impitoyable, elle s’incarne en mythe de la working girl carnassière, cauchemar (ou fantasme?) du yuppie lambda. C’est évidemment savoureux, non seulement pour Queen Demi qui se lâche après des années de rôles de good girl, mais ne serait-ce aussi que tout le jus de son époque qui déborde de partout (ah, les scènes de cyberspace!).


Female Perversions (Susan Streitfeld, 1996)
Grand pourvoyeur de romance softcore (les inénarrables Two Moon Junction et L’orchidée sauvage, c’était lui!), Zelman King fut le maître de l’éros chic façon vendredi Soir sur RTL9 (pour ceux qui comprendront): à revoir aujourd’hui, la médiocrité est constante, mais l’œil est follement flatté. On ne sait pas ce qui s’est passé pour qu’il laisse sa chance à une jeune réalisatrice évoquant les désirs troubles et contrariés d’une girlboss perdue dans des cauchemars à la Derek Jarman (normal, c’est Tilda Swinton). Le résultat, une étonnante fable psychanalytique, fait évidement preuve de bien plus de sensibilité que ses comparses de vidéo-club, au risque d’être si déroutant qu’il en sera oublié.

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