Boogie : Interview Liane Foly

Chanteuse, imitatrice, actrice, la pile électrique Liane Foly confirme son talent schizophrène en prêtant sa voix à Boogie, un cartoon trash et fun.

BOOGIE WONDERLAND
« C’est drôle parce que, même si ça n’a rien à voir, mon spectacle s’ouvre sur Boogie Wonderland, de Earth, Wind & Fire… Au départ, j’étais très étonnée que l’on me fasse cette proposition un peu décalée. En voyant les cinq premières minutes de Boogie, j’ai eu assez peur, parce que ça parlait de guerre, d’armes sur un ton très provocant. Je ne voulais pas me tromper de message. Très vite, j’ai été happée par l’humour, par le côté complètement fun et délirant de l’entreprise. Je ne connaissais pas ce personnage, ni la bande-dessinée. Paradoxalement, le plus dur pendant le doublage, c’était les bagarres. Je ne me suis jamais battue dans la vie donc je ne savais pas comment imiter la réception d’un coup de poing. A chaque fois, il fallait beaucoup de souffle et d’énergie. Et puis, Boogie, il est toujours abattu, toujours avec sa clope au bec. Le modèle, c’était Rambo. Il a une voix hyper grave, comme Jeanne Moreau au réveil – même si (elle l’imite) « Jeanne a quand même une voix plus féminine« . J’ai fait tout le doublage en 48 heures. A la fin de la journée, je rentrais chez moi, aussi épuisée que Boogie. Il n’y a rien de plus épuisant de doubler un personnage qui réclame une forte énergie vocale.

Le passage que je préfère, c’est quand il est avec sa petite copine dans la chambre et qu’il lui dit : « tu me dégoûtes ». On croit qu’elle réussit à le charmer, alors qu’il lui balance des horreurs. A chaque scène, il se passait quelque chose de nouveau qui me faisait rire. Si bien qu’il fallait que je garde mon sérieux pendant le doublage. Mine de rien, le public risque d’être assez surpris d’apprendre que je fais la voix de ce tueur à gages ouvertement sexiste, raciste et antipathique. C’est comme quand Line Renaud et Mylène Farmer font un duo ensemble : il n’y a pas de connexion et l’on ne comprend pas pourquoi. Mais ce n’est peut-être que pour de rire comme Boogie (elle rit). Ma Line aurait fait un duo avec Annie Cordy ou Jeanne Moreau, pas de problème, mais là… Le jour où on m’a dit ça, j’ai eu un fou rire pendant dix minutes (elle rit). Quand les gens apprennent que je fais le doublage de Boogie, ça doit être un peu pareil.»

IMITATION AU MASCULIN
«Si seulement je pouvais autant changer physiquement (devenir un homme) que changer de voix… Dans mon prochain spectacle La folle part en cure (NDR. A partir du 16 Mars au Palace à Paris, en tournée province dès janvier), je vais faire des voix de mecs (elle rit). Des chanteurs morts et d’autres plus récents. Elie Kakou, je l’ai toujours fait à travers son personnage d’attachée de presse. A partir de maintenant, j’aimerais le faire au naturel, comme il était dans la vraie vie. Je suis en pleine écriture en ce moment.

Les voies masculines sont amenées par Muriel Robin qui, dans le spectacle, annonce qu’elle ne sait que imiter des hommes : Joe Dassin, Charles Aznavour, Claude François, Eddy Mitchell. Les imitateurs, eux, font bien des femmes ! Nicolas Canteloup et Laurent Gerra ne s’en privent pas. J’ai croisé Laurent il y a pas longtemps et il me disait encore qu’il aimait à caricaturer Céline (Dion) parce que grâce à elle, il pouvait jouer sur son accent (elle imite Laurent Gerra qui imite Céline Dion) : «Maintenant, j’ai trois mouflets-là». Je me suis lancée dans le pari à mon tour. Après, tout dépend comment on place les voix, au niveau du rythme et dans le texte. L’imitation dont on me parle le plus souvent reste Ségolène Royale : je pense l’avoir captée. Une fois, je l’ai imitée chez Drucker dans Vivement Dimanche prochain lorsqu’elle y était invitée. Elle était morte de trac, moi aussi. Elle pensait que j’allais la critiquer ouvertement. Après, dans les coulisses, elle est venue me voir pour me remercier de ne pas avoir été trop virulente. Elle avait peur de Nicolas Canteloup parce qu’il la traite régulièrement de bécassine.»

ROCK N’ROLL
« Ça m’a fait plaisir qu’on me confie ce rôle parce que j’ai retrouvé mon adolescence, une légèreté proche de la dérision. Et puis le côté rock’n’roll ; parce que j’ai eu une jeunesse rock’n’roll, même si ça se voit plus aujourd’hui (elle rit). J’avais signé chez Virgin en 1987, je faisais Les Enfants du rocket je traînais avec la bande de Rock N’Folk. J’ai commencé comme ça, par Libé et Télérama. Après, c’est devenu plus populaire. Mais je suis d’abord passé par la case branchée rock. Tiens, dans les personnages masculins, je travaille Philippe Manœuvre. Il n’y a presque plus à travailler la voix, il y a juste à mettre les lunettes noires et on comprend que c’est lui. A un moment donné, dans le spectacle, je parle de la « Poubelle-Star » et, dedans, il y a les quatre membres du jury. La première fois que j’ai rencontré Manœuvre, j’étais chez Virgin à l’époque. C’était en 1989 – ça semble risible aujourd’hui mais c’est vrai – et il m’avait demandé d’être dans le jury d’un festival de rock en pleine montagne. Le président, c’était Serge Gainsbourg. Philippe était venu l’accompagner. Et on a passé une semaine extraordinaire. Ce mec était un fou-génie. Le matin, il faisait très froid, Serge n’avait que son blouson en jean, ses petites chaussures sans chaussettes et il sortait dehors en hurlant, avec sa voix rocailleuse : «Putain, ça caille !». Manœuvre lui répondait : «Bah, évidemment que ça caille, on est à la montagne, il y a de la neige de partout !». On partait voir les films avec les autres membres du jury et Serge n’arrêtait pas de dire : « De toute façon, dans ce jury, il y a que des pisseuses, sauf la vieille là », en me désignant. J’avais 22 ans et il m’appelait la vieille. C’était un surnom rock’n’roll, ça me faisait marrer. Un des mes plus grands souvenirs de ce métier, c’était quand en début de soirée, il se ramenait, allait prendre son verre au bar, s’installait au piano et jouait de super chansons. J’ai donc passé cette semaine inoubliable avec Gainsbourg et Manœuvre. »

SCHIZOPHRENIE
«A la fin des années 80, j’avais un répertoire jazzy et pop. Je suis restée dix-sept ans chez Virgin. Mais le goût de l’imitation a toujours été là. La première émission où j’ai imité quelqu’un, c’était en 1991, une émission que Frédéric Mitterrand présentait sur une chaine, c’était un spécial Muriel Robin et je faisais une imitation d’elle. Après, il y a eu « Les Enfoirés ». J’avais commencé à faire des disques et ça ne plaisait pas à Virgin, ce côté clown, ce côté schizophrène avec d’un côté la chanteuse et de l’autre l’imitatrice. Il fallait rester sérieux quand on chantait du jazz. Moi, je voulais sauter en l’air, jouer la comédie. Il a fallu que j’attende d’être libre de faire ce que je voulais. Je n’ai commencé à faire du cinéma qu’en 1993 dans un film qui s’appelait Le Bonheur, avec Tcheky Karyo. Ensuite, j’ai fait des apparitions dans des séries télé (Navarro, entre autres). L’année dernière, j’étais au festival de Luchon avec Claude Chabrol. Il était président du jury et Claude travaillait sur un prochain film dans lequel il y avait une québécoise. Il voulait me confier le rôle. J’étais d’autant plus heureuse qu’à la maison, Chabrol était considéré comme un Dieu et mon père était fou amoureux de Stéphane Audran. Au moment des délibérations, il voulait que j’imite tout le monde, il riait beaucoup quand je lui faisais Line Renaud. Lelouch m’a récemment proposé un rôle magnifique dans Ces amours-là, une chanteuse des rues, résistante pendant la guerre.»

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