[BODY LOVE] Lasse Braun, 1970

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Body of Love doit beaucoup à la personnalité singulière derrière la caméra: un certain Lasse Braun qui avait le vent en poupe dans les années 70.

Crème de la crème, best of the best, king of porn. C’est sans doute ainsi qu’on pouvait décrire Lasse Braun à l’époque où le Q était IN, où l’on se délectait de pénétrations et d’éjaculations en sirotant tranquillement ses cocktails à Cannes, entre émeute, lubricité évidente et curiosité avide. Homme d’affaires entreprenant, qui n’a cessé de faciliter et nourrir l’avènement du porno, le réalisateur Lasse Braun fait sensation avec ses Sensations (logique), porno qui pourra paraître aujourd’hui très classique (zéro concept abracadabrant, juste des gens qui partent en quête du plaisir) mais résume à lui seul l’état d’esprit qu’insufflait la libération sexuelle dans les années 70.

Lasse Braun (ou Alberto Ferro, selon les jours) continue sur sa lancée avec Love Inferno et Body Love, où il révèle une jeune fille de vingt ans au doux pseudonyme de Lolita da Nova. La fausse innocence incarnée, une crinière sauvage: laiteuse, boudeuse. Quelques années plus tard, Lolita se fera Rit: derrière ce faux nom, se cachait en réalité Catherine Ringer, chanteuse des Rita Mitsouko et exemple rare et triomphal de rebond après une carrière dans le porno. D’où ce légendaire clash avec un Gainsbarre onctueusement hypocrite. «Vous êtes une pute…» «Et vous un gros dégueulasse!». 101 % chaos.

Body Love alors. Monsieur Le Baron et Madame La Baronne ont élevé leur fille dans le vice; ce qui n’empêche pas la concernée d’être intacte: pour combler son ennui, la douce Martine (Lolita/Catherine donc) s’enivre dans des étreintes saphiques fiévreuses. Mais, ce jour-là, ce sera le grand jour: adepte de l’échangisme (monsieur envoie madame dans des guets-apens sexuels réglés comme du papier à musique), le couple prépare une orgie pour le dépucelage de leur fille. Cunnilingus flottant sur hamac, threesome dans l’escalier, voyeurisme de circonstance (Martine invite un reporter fouineur à coucher avec son «esclave»): Body Love enchaîne des prouesses modestes, mais avec un soin du cadre qui flatte la rétine et les sens.

Dans une atmosphère façon Sade extra light, une hypnose sonore embaume chaque coït à la perfection, avec une série de compositions musicales que l’on doit au maître Klaus Schulze. Annoncée et attendue, bien servie, la partouze finale débute en fanfaronnade tantrique pour glisser sur la piste de la jouissance collective. À la fin de Sensations, l’héroïne, épuisée d’extase par les corps, se consumait de plaisir et s’évaporait littéralement à la vue de tous. La fille/femme de Body Love, elle, enjambe la rivière de corps endormis et s’enfuit dans la nuit, délivrée et décidée. Après la jouissance, il faut croire que plus rien ne subsiste. J.M.

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