Du cinéma, du Blu-ray, du jeu vidéo, du 2.0… c’est la sélection chaos du vendredi par la rédaction. Si on devait vous proposer de découvrir notre dernier coup de foudre, ce serait celui-ci…

QUENTIN BILLET-GARIN: Ma vie, ma gueule de Sophie Fillières (cinéma)
L’œuvre posthume de Sophie Fillières, une sorte d’autobiographie de la réalisatrice, avec Agnès Jaoui en alter-ego fictif. Le film se révèle sous deux aspects qui le rendent à la fois jubilatoire et émouvant. D’abord, c’est une comédie totalement imprévisible, où le comique de situation se conjugue parfaitement avec des répliques inattendues et une Agnès Jaoui gracieuse en cinquantenaire déprimée en quête d’un on-ne-sait-quoi extrêmement palpable. Une «comédie du désespoir» comme le disent si bien les Cahiers du Cinéma, qui trouve une virgule enchanteresse et touchante dans la seconde partie du film, quand les enfants du personnage reviennent vers elle, jusqu’à ce voyage au bord de la côte anglaise – la scène du départ, bouleversante. Si l’on sent effectivement une baisse de rythme dans cette nouvelle amorce, c’est aussi pour reprendre le goût de la patience et de la contemplation, avec des plans longs et «au naturel» qui, eux aussi, se conjuguent finalement avec les nombreux renversements et soubresauts de la partie précédente. Un spleen au long cours et, contre toute attente, assez revigorant.

MORGAN BIZET: Rétrospective intégrale Apichatpong Weerasethakul (du 2 octobre au 9 novembre au Centre Pompidou)
Cette semaine débute la rétrospective intégrale accordée à l’œuvre d’Apichatpong Weerasethakul au Centre Pompidou. En sus d’une exposition, tous les films, courts, longs, sketchs, seront projetés (et pour certains 2 fois) jusqu’au 9 novembre. Un indispensable de cet automne, tant le cinéaste thaïlandais a marqué de son empreinte le paysage cinématographique contemporain. L’occasion de (re)découvrir ses plus grands chefs-d’œuvre en salle (Tropical Malady, Oncle Boonmee, Cemetery of Splendour, Memoria) et quelques raretés comme The Adventure of Iron Pussy, comédie psychédélique, lubrique et burlesque tournée entre Blissfully Yours et Tropical Malady, à des années lumières de son cinéma hypnotique et contemplatif.

LUCIE CHIQUER: Les belles cicatrices de Raphaël Jouzeau (Arte.tv)
Un court métrage qui était en compétition à Cannes et qui est dispo gratuitement sur Arte depuis 10 jours (sur le site et sur YouTube). Impossible de ne pas chavirer pour ce court métrage qui nous emporte dans le spleen d’une rupture amoureuse: les adieux de Gaspard et Leïla s’avèrent trop rapides, trop douloureux, et encore bien trop amoureux. Quinze minutes suffisent à ce que notre cœur ressorte chiffonné de ce petit film d’animation aussi joli que divinement amer.

GÉRARD DELORME: Monstres: L’histoire de Lyle et Erik Menendez de Ryan Murphy et Ian Brennan (Netflix)
Comme d’habitude outrageusement kitsch et inégale, la seconde saison de Monsters par Ian Brennan et Ryan Murphy s’intéresse à l’histoire vraie de Lyle et Erik Menendez qui ont tué leurs parents à coup de fusil à pompe. Le premier épisode semble faire le tour de la question, avant de dévoiler la vérité: il y a une raison à leur acte, et elle est effarante. La suite décrit l’horreur et la perversion chez les ultra-riches, avec profusion de détails crapoteux et un parfum de cannelle. Si la mise en scène est parfois désinvolte et limite bâclée, l’interprétation est exceptionnelle.

ROMAIN LE VERN: L’antre de la folie de John Carpenter (Blu-ray)
Un enquêteur free-lance dans le milieu des escroqueries à l’assurance sur les traces d’un écrivain horrifique superstar disparu. Le troisième volet de la Trilogie de l’Apocalypse après The Thing et Prince des ténèbres. Un Big John jouissif sous la double influence de Lovecraft et de Stephen King (disponible chez New Line).

JÉRÉMIE MARCHETTI: Body Double de Brian de Palma (UHD/Blu-ray)
Avec le recul, Body Double n’a peut-être pas la générosité stylistique d’un Dressed to Kill ou d’un Blow Out, mais dieu que ce genre de thriller goguenard nous manque. La traversée du monde du porno californien avec Frankie Goes to Hollywood qui rappelle les meilleurs moments de Phantom of the Paradise, les sirènes de Donaggio qui jouissent alors que Melanie Griffith se dandine, le tueur et sa perceuse phallus avec une prise trop courte, le baiser sur la plage façon Harlequin/roman-photo… Un délicieux Fenêtre sur cul, dont on veut bien pardonner un acteur principal peu charismatique («I can’t I‘m a sardine!!!) (disponible chez Sony)

THIBAULT RIVERA: Mother Land d’Alexandre Aja (cinéma)
Sorti en catimini la même semaine que le gros machin de tonton Francis, le Mother Land de notre Alexandre national vaut le coup d’œil! Pas son chef-d’œuvre, certes, mais ce faux Bird Box cache un conte moderne assez cruel sur la circulation du mal au sein d’une cellule familiale. Et puis techniquement, c’est toujours du beau boulot.

GAUTIER ROOS: Papa est en voyage d’affaires de Emir Kusturica (ressortie)
Palme d’or surprise de 1985, cette comédie italienne – euh, pardon, yougoslave – a quelque chose du Milos Forman des débuts (tiens, c’est d’ailleurs lui présidait le jury cette année-là): voilà une occasion en or pour poursuivre votre redécouverte de Kusturica après l’envoutant Arizona Dream (1993) cet été.



