Blackthorn : interview Mateo Gil

Après le thriller horrifique (Tesis), le fantastique (Ouvre les yeux), le mélodrame (Mar Adentro), le péplum (Agora), Mateo Gil, scénariste doué pour Alejandro Amenabar s’aventure dans le western avec Blackthorn. Interview.

Que s’est-il passé entre Jeu de rôles (2000), votre premier long métrage, et Blackthorn (2011), votre second?
Beaucoup de choses. Tout d’abord, j’ai un souvenir un peu vague de Jeu de rôles, que j’assume partiellement. A l’époque, les producteurs pensaient à un autre réalisateur et m’avaient demandé de rédiger un traitement puis le scénario. Finalement, ils n’ont pas réussi à obtenir le cinéaste en question – je ne me souviens plus de son nom -, me donnant malgré tout le feu vert pour que je réalise comme un grand. C’était ma première fois, aux commandes d’un thriller horrifique au budget confortable, et je n’avais que 26 ans. J’aurais dû me méfier car les producteurs avaient calé la date de sortie, pendant les fêtes de Noel en 1999, alors que le tournage n’avait pas encore commencé. Clairement, ils avaient flairé le bon coup en se disant que les spectateurs se rueraient dans les salles sous prétexte que j’étais le scénariste attitré d’Alejandro Amenabar et nous avions déjà fait Tesis et Ouvre les yeux, qui commençaient à devenir cultes.

Cette expérience vous a démotivé?
Ce fut beaucoup de pression mais ça m’a beaucoup appris, notamment qu’il faut savoir dire non. Au contraire, je suis reconnaissant car ça m’a un peu endurci. Après Jeu de rôles, je n’ai pas eu envie de réaliser pendant longtemps et j’ai préféré me concentrer sur les scénarios. Là où j’ai vraiment pris des coups, ce sont les deux gros projets sur lesquels j’ai cravaché et qui n’ont jamais été achevés. L’un d’eux m’a pris plus de deux ans de travail. C’était l’adaptation du roman mexicain, Pedro Paramo, de Juan Rulfo, qui tenait à la fois du réalisme magique et de la critique du caciquisme. Le projet est tombé à l’eau quatre semaines avant le début du tournage. Pour compenser cet échec, le producteur m’a proposé d’adapter le scénario de Blackthorn. Au départ, je trouvais ça absurde de faire un film sur un genre qui nécessite de l’argent (le western, l’occurrence) alors que nous n’avions pas réussi à monter le précédent? Finalement, ça s’est produit.

Depuis le début, vous fréquentez des genres différents : le thriller horrifique (Tesis), le fantastique (Ouvre les yeux), le mélodrame (Mar Adentro), le péplum (Agora). Maintenant, le western (Blackthorn)…
Oui. Et je suis fan de western. Quand j’étais gamin, la télévision espagnole en diffusait un tous les samedis. Je les ai quasiment tous vus. Il y a bien un autre genre que j’aimerais traiter, ce serait la comédie. La Méthode que j’ai coscénarisé, était une satire cynique du monde du travail. Certes, c’en était déjà une, mais elle était trop noire pour être considérée comme une pure comédie. Ma plus grande peur, ce serait de me répéter dans le travail. Et ce qui est sûr, c’est que je ne veux pas écrire pour d’autres, à part pour Alejandro (Amenabar). Autrement, j’aimerais mélanger écriture et réalisation pour acquérir plus d’indépendance.

Depuis combien de temps connaissez-vous Alejandro Amenabar?
Depuis l’université. Nous partageions la même cinéphilie et avons rapidement commencé à réaliser des courts métrages ensemble. A chacun de ses films, il me fait part de ses doutes et de ses interrogations.

Pourquoi Les autres est le seul film que vous n’ayez pas coscénarisé avec lui?
José Luis Cuerda, le producteur de Tesis et Ouvre les yeux, qui avait par la passé signé quelques films marquants comme La forêt animée (1987), voulait signer un nouveau long métrage, La langue des papillons (1999) afin de retrouver la vigueur du cinéma d’Alejandro Amenabar. Du coup, il me voulait impérativement à ses côtés. Sur Ouvre les yeux, je n’étais pas seulement scénariste, j’étais aussi assistant réalisateur et José Luis voulait la même équipe artistique qu’Alejandro qui, de son côté, commençait à réfléchir à son prochain film – donc Les autres. Un jour, il me passe un coup de fil, me suppliant de le rejoindre. Je suis allé voir Cuerda en lui disant qu’Alejandro avait besoin de moi. Et ça l’a énervé, donc j’étais coincé. Alejandro est très compulsif lorsqu’il écrit ; et quand j’ai fini le tournage de La langue des papillons et que je suis revenu à Madrid, il avait déjà écrit 60/70 pages. J’ai lu ce qu’il avait écrit et je lui ai dit : «tu n’as pas besoin de moi, c’est parfait». Effectivement, c’était parfait. C’est sans doute son meilleur film…

Qu’avez-vous pensé de Vanilla Sky, le remake américain de Ouvre les yeux, avec Tom Cruise?
Difficile d’être objectif sur le sujet. En clair, Alejandro et moi n’avions aucun regard sur ce remake. Nous avions écrit le scénario d’origine et ils se sont contentés de l’adapter, presque plan-par-plan. Je ne le peux pas le voir comme n’importe quel spectateur. Mais je pensais que Cameron Crowe en tirerait une version plus «adulte». En fait, non. Pour Alejandro et moi, Ouvre les yeux était le film d’adolescents un peu immatures, passionnés de science-fiction. Il faut dire que nous n’avions que 24 ans lors de l’écriture du scénario. Et nous étions un peu désarçonnés par leur capacité à refaire exactement la même chose sans essayer d’améliorer ce qui aurait pu – et dû – l’être. Ce qui est amusant avec cette affaire, c’est que chaque film d’Alejandro génère une réaction différente dans chaque pays. Cela dépend sans doute de la sensibilité, mais pour donner un exemple, en Espagne, personne ou presque ne parle d’Ouvre les yeux, un film que les Espagnols n’apprécient pas tant que ça. En revanche, en Bolivie, là où on a tourné Blackthorn, les gens ne me parlaient que d’Ouvre les yeux ou de La méthode. Personne, en revanche, ne me parlait d’Agora… Et, encore plus amusant, aux Etats-Unis, on ne me parle que de Vanilla Sky

A quand un nouveau film avec Amenabar à la réal, Noriega en rôle principal et vous en tant que scénariste?
Ce n’est pas l’envie qui manque. La nouvelle tombera dans un mois car Alejandro veut réaliser son prochain film aux Etats-Unis et va me donner une réponse prochainement pour savoir si nous collaborerons une nouvelle fois ensemble. De mon côté, je nourris toujours des fantasmes. Des projets de science-fiction et de comédie, les deux genres qui m’obsèdent. Mais vu la crise que nous subissons actuellement, surtout en Espagne, où les spectateurs ne veulent plus voir de films espagnols et où le téléchargement est à son paroxysme, pas sûr que les financiers aient actuellement envie d’investir dans mon prochain projet. La situation est tellement catastrophique que je compte perfectionner mon anglais pour m’installer aux Etats-Unis…

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