Dans Black Swan, Vincent Cassel a le coeur tiraillé entre Natalie Portman et Mila Kunis. L’acteur y confirme une prédilection pour les films tripaux.
DARREN ARONOFSKY PAR VINCENT CASSEL
PI « J’ai découvert le cinéma de Darren Aronofsky avec Pi, dès qu’il est sorti en vidéo. Je ne connaissais le film que via des bandes-annonces et le bouche à oreille. Je me souviens avoir trouvé ça mortel : l’univers, l’image, l’histoire, le son… Le paradoxe, c’est que ça sonnait bizarrement assez Européen alors que le mec venait de Brooklyn. C’est en voyant ce genre de films que maintenant, je capte pourquoi on a mieux compris la Nouvelle Vague à l’étranger qu’en France. A l’époque, Darren n’avait pas une thune et proposait une adaptation avec les moyens qu’il avait ; cela ne l’empêchait pas de tirer quelque chose de fascinant par sa richesse esthétique. »
REQUIEM FOR A DREAM « La claque! Celui-là, je l’ai vu à sa sortie, dans une salle de cinéma… J’avais trouvé ça super bien sur le moment, de la musique aux acteurs, mais bizarrement, en dehors du fait que le sujet était bien trash, je trouvais le résultat presque trop propre. C’était magnifique, incontestablement, mais je me répétais intérieurement : « merde, il est en train de faire des efforts pour être accepté par le système. »
THE FOUNTAIN « Ensuite, j’ai vu The Fountain : je me suis dit : « putain, le mec est quand même sérieusement culotté« . On lui donne plus de moyens et il propose une expérience totalement barrée dans laquelle on entre ou on n’entre pas. Sur ce coup, je ne peux pas être objectif : The Fountain est quasiment sorti au même moment que Blueberry ; je trouvais beaucoup de points communs entre les deux. »
THE WRESTLER « Avec The Wrestler, j’ai retrouvé la force créatrice et l’inventivité visuelle de Pi et tout le côté cradingue que j’aime dans son cinéma. Avec ce film de la renaissance, il a retrouvé un second souffle et une vraie liberté, avec cette image soi-disant un peu dégueulasse qui en fait pourtant son esthétique magnifique. J’ai l’impression qu’à travers Black Swan, c’est comme si toutes les expérimentations de ses précédents longs métrages se cristallisaient en un seul film. »
A quel moment êtes-vous arrivé sur Black Swan?
Natalie Portman planchait sur ce projet depuis dix ans. C’est le rôle de sa vie. Le projet a vraiment tardé et subi des modifications, rien qu’au niveau de l’histoire : au départ, ça ne devait pas être dans le milieu de la danse classique mais celui du théâtre. Tout a commencé lorsque Darren m’appelle de Londres, sans savoir que je m’y trouvais : on s’est rencontrés dans l’heure qui a suivi le coup de fil. En octobre 2009, je suis parti à New-York pour travailler cette version moderne de Balanchine, à la fois chorégraphe, directeur artistique et directeur de compagnie. Comme lui, je joue un homme à femmes dans un milieu plutôt homosexuel.
Comment définiriez-vous Darren Aronofsky comme directeur d’acteur?
Il est très exigeant et réclame beaucoup. Beaucoup de metteurs en scène vous parlent, sans vous aider. Parce qu’ils donnent trop d’indications ou donnent des directions qui sont de simples vues de l’esprit. Une fois sur le tournage c’est facile de se perdre. Donc il faut compter sur soi. A chaque fois que Darren m’a dit quelque chose sur le plateau, ça m’aidait parce que c’était des phrases très simples et très courtes du genre «fais-le comme si t’étais un gangster !», «fais-le comme si tu avais peur d’elle !»…
Vous vous attendiez à un résultat aussi puissant?
Lorsque je l’ai vu à Venise, je suis tombé de mon siège. Je ne m’attendais pas à un film aussi riche visuellement. Précisément parce qu’une partie de ce que l’on voit à l’image a été fait en post-production. Je m’attendais à un thriller psychologique et, en fait, on est pratiquement devant un film d’horreur traumatisant. Aussi, le film est plus populaire que ce que l’on aurait pu imaginer. En ce moment, Black Swan approche les 100 millions de dollars de recettes aux Etats-Unis. Tout le monde est sur le cul.
Quelles étaient les références que Darren Aronofsky vous citait pendant le tournage?
Le Locataire (Roman Polanski, 1976) et La mouche (David Cronenberg, 1986). Vraiment, du Polanski ou du Cronenberg. C’est aussi un grand fan de Gaspar Noé et comme j’ai tourné Irréversible, ça revenait souvent dans nos conversations. Quand j’ai vu Black Swan pour la première fois, j’ai immédiatement pensé à Dario Argento pour la mise en scène baroque.
Quels sont vos projets?
Dangerous Method, de David Cronenberg, qui met en scène les rapports entre Freud (Viggo Mortensen) et Jung (Michael Fassbender), et raconte les prémisses de la psychanalyse. Le Moine de Dominik Moll, un film gothique tourné en Espagne ; et, là, je prépare le prochain Kim Chapiron que je produis et dans lequel je joue avec Monica (Bellucci). Cela se déroule pendant le carnaval de Rio : en surface, ça ressemble à une comédie romantique mais en substance, un petit twist risque de tout bouleverser.

