Jean-Pierre Jeunet ne comprend pas pourquoi personne n’a voulu de BigBug, sa comédie dystopique sur fond de guerre entre humains et robots dans laquelle jouent Elsa Zylberstein, Isabelle Nanty et Dominique Pinon. Après l’avoir subi sur Netflix, on comprend mieux.
Il y a une vingtaine d’années (oui déjà!), «the sky was the limit» pour Jean-Pierre Jeunet, dont l’enchaînement du Fabuleux Destin d’Amelie Poulain en 2001 (ce remake inavoué de La double vie de Véronique déguisé en brochure touristique) et de Un long dimanche de fiançailles en 2004 (ce que le bougre a fait de mieux en solo et de loin) était censé assurer une pérennité absolue côté projets et tiroirs-caisses. Et puis le silence, l’absence. Un retour raté, avec Micmacs à tire-larigot, un best-of en pilotage automatique dont personne ne se souvient, une tentative télé avortée (iléou son Casanova pour Amazon?!) et un voyage-voyage peu concluant (The Young and Prodigious T.S. Spivet, faux film familial mal vendu). Et voilà qu’on l’entend pleurer à qui veut bien l’entendre que personne ne veut de sa comédie de sf robotique. Sauf Netflix, qui lui laisse carte blanche avec un sourire à s’en casser les dents. Et nous de sortir le carton rouge.
Sa promo envahissante et criarde met sur la voie: tout ne sera que souffrance, c’est promis. Attention concept: un épisode de Black Mirror rencontre Les Jetson, avec une famille en vrac se voyant claquemurée par l’IA de la baraque, pendant qu’une révolte robotique agite la France. La scène du début, où un papa entreprenant drague sans complexe sa nouvelle conquête sous les yeux de son fils, donne le ton: tout baignera dans un climat de drague molle et de roulages d’yeux sur fond de couleurs acides et de mobilier tordu. Car malgré tout l’armada technologique illustré par une direction artistique à la laideur légendaire, le cul semble être la préoccupation première des personnages, même les plus jeunes. Du high-tech Max Pecas, un peu.
Chacun joue dans son propre film, à commencer par une Elsa Zylberstein qui n’a jamais été aussi mauvaise (et dieu sait que l’égérie mauboussin affiche du kilométrage de ce côté-là), une Claire Chust encore prisonnière de son rôle de bécasse (Problemos ça commence à dater hein…), un Youssef Hajdi faisant office de new Ticky Holgado, une Isabelle Nanty qui ne s’en fait pas et un Stephane de Groodt tout en indolence libidineuse. La palme revenant sans aucun doute à l’androidisation inquiétante de François Levantal (en Robocop facho), de Claude Perron (en aide ménagère creepy) et de Alban Lenoir (en sex robot déglingué) constituant probablement les performances les plus involontairement terrifiantes de ce début de XXIe siècle. N’oublions pas bien sûr Papy Dussolier, relégué en robot araignée qui sait tout (tant qu’à faire…).
La bêtise exponentielle de ce film interdit rappellera à beaucoup certains grands classiques de la honte, avec un niveau d’hystérie et de vulgarité digne des grands hits de Gabriel Aghion ou de Philippe Clair: on est même hypnotisé dans un premier temps, frémissant de la scène à venir en comptant les atroces fondus au noir, avant de se rendre compte que la chose atteint quasiment les deux heures! On voit sa vie défiler au rythme du timer en bas de l’écran et l’on cherche désespérément dans ce fracas la malice et la tendresse qui constituèrent autrefois le cinéma de Jeunet, sans doute persuadé d’avoir inventé la pièce de boulevard du futur. Pour une fois, si personne n’en voulait, c’était bel et bien pour une bonne raison. J.M.
BigBug, disponible (mais à fuir) sur Netflix

Je vous trouve extrêmement sévère sur ce coup là ! Ce n’est certainement pas le film du siècle mais c’est à prendre au premier degré, soit une aimable « farce ».. Bref j’ai regardé cela sans déplaisir (même si c’est un peu long par moment). On a vu bien pire 😂😂😂…
Critique incendiaire, pour quoi pas, en effet le film est bien barré et clivera bien plus qu’un film plus mainstream (Alien 3?). Perso j’ai adoré, on s’est bien marré avec mon épouse. Je recommande, faites vous votre avis
Non non et non,pas d accord, nous sommes un groupe de 5amis et nous avons aimé ce film.pas le film du siècle mais arrêtez d’enfoncer à ce point cette production française.elle a le mérite d être originale et loin des blockbusters américains. C est l univers de Jeunet,les acteurs jouent bien et ce film coloré s est révélé rafraîchissant.
Et oui merci à Netflix de permettre la réalisation de ces films qui ne correspondent pas aux critères du grand écran (en perdition)
Ah… Content de voir ce genre d’article.
Ce film est nullisime. Je ne sais même pas s’il y a quelque chose à sauver. Même la photographie est mauvais, un comble pour un film de JP Jeunet. Le jeu des acteurs est catastrophique, l’histoire sans la moindre inspiration….Il y a peut-être un point positif, le robot Einstein, avec la voix de Dussolier ?
Critique très bien écrite à laquelle j’adhère à 100%.
Un vrai moment de honte télévisuelle, comme j’en ai rarement connu.
Au moins le papa d’Esteban et Max Pecas ne se prenaient pas au sérieux (et n’avaient pas les mêmes moyens).
Le film est pas mal et en plus très inventif et original. Tout a fait dans l’actualité du moment… Le jeux des acteurs est décalé volontairement et on reconnaît bien le style de chacun. J’ai aimé ce film et ne mérite pas une telle critique. Merci de nous divertir .