Au fil des années, le BIFFF aura vu passer des tas de personnalités majeures du cinéma de genre et programmé des œuvres éclectiques : du fantastique et de l’horreur au thriller, en passant par le Bis, des palanquées de séries B (voire Z) et du «beau bizarre» (on sait tous que la beauté est subjective, surtout avec la fatigue accumulée en fin de festival-NDR).
Le BIFFF aura aussi soutenu nombre de jeunes pousses, parfois devenues des cinéastes prisés des aficionados. Mais la vraie question demeure: 40 piges, ça correspond à quelle quantité de bière éclusée pendant le fest ? Avis à la festeam, aux BIFFFeurs, aux responsables du bar et aux soiffards (certaines personnes cochent plusieurs de ces cases): éclairez nos lanternes, car on n’en dort plus…
De port en port
En 40 ans, le festival aura été hébergé dans 4 lieux marquants de Bruxelles (sans compter le Cinéma Nova, qui a accueilli un temps la section 7th Orbit): du mythique Passage 44 et son ambiance inimitable (l’auteur de ces lignes y a connu ses premiers émois BIFFFiens), le BIFFF avait dû migrer à Tour & Taxis, plus vaste et peut-être un peu impersonnel. L’événement avait ensuite pris place au BOZAR, qui est d’ordinaire le fief d’expositions artistiques, de projections exceptionnelles et de concerts de musique classique. Le décalage entre les deux institutions était grand, mais le charme avait à peine fini par prendre… que les festivaliers doivent déjà changer leurs habitudes.
En effet, après une édition online en 2021 (le BIFFF Online reprenait une partie de la programmation de l’édition 2020, avortée pour cause de ce que l’on sait), le BIFFF 2022 prendra ses quartiers au Heysel (Brussels Expo), du 29 août au 10 septembre. Une décision qui a fait grincer des dents (l’endroit est un peu excentré par rapport au centre-ville), mais on patientera pour juger sur pièce. Quoi qu’il en soit, les orgas ont mis les petits plats dans les grands et le festival se déroulera sur plusieurs sites dédiés. Autant dire qu’il faudra parfois tenir de petits drapeaux pour pouvoir retrouver ses potes. Tout le monde le sait : ils se seront sans doute égarés dans les lieux de perdition que seront l’énorme stand de Blu-ray/DVD collector de Richard Duquet et celui du non moins sympathique Thierry Papy, riche de figurines et de goodies en tous genres. En plus, Thierry a le bon goût de supporter le Sporting d’Anderlecht. Fin de la parenthèse.

Aperçu général, Ouverture et Clôture
Car oui, ce qui vous/nous intéresse, ce sont les œuvres au programme. Une centaine de films seront projetés dans 3 cinémas, installés pour l’occasion dans des « palais » du Heysel. Parmi eux, on notera 12 longs et 6 courts-métrages en premières mondiales (en tout, il y aura 82 courts, répartis dans 5 sections).
L’édition 2022 s’ouvrira avec Vesper (Vesper Chronicles), réalisé par le duo Kristina Buozyte et Bruno Samper. Vesper spécule sur le devenir de notre planète, devenue infertile après l’effondrement des écosystèmes. Une catastrophe naturelle, humaine et économique, qui devrait faire tout le sel d’une œuvre à mi-chemin entre le post-nuke et la science-fiction écolo. Vous pouvez faire confiance à Buozyte et Samper, qui nous avait déjà régalés avec le trip sensoriel Vanishing Waves (2012), lauréat du prix du 7e Parallèle (7th Orbit) lors du BIFFF 2013. À l’autre bout du spectre, Fall, film de Clôture du BIFFF 2022, devrait filer des sueurs froides à toute personne sujette au vertige.

Le Plat Pays qui est le mien
Pour célébrer 40 années de (sé)vices, le BIFFF a également décidé de mettre en lumière 14 films belges, rassemblés sous la bannière «The Belgian Wave». On y pointera le Megalomaniac de Karim Ouelhaj, qui vient de remporter le Prix Cheval Noir du meilleur film à Fantasia. Très intriguant, Megalomaniac peut, entre autres atouts, compter sur un trio d’acteurs du feu de Dieu : Wim Willaert, Benjamin Ramon et cet éternel brigand de Pierre Nisse. D’autres œuvres noir-jaune-rouge vaudront le coup d’œil. Citons le vlaams gesproken Logger de Steffen Geypens, la comédie un peu grasse Totem (2021) de Fred De Loof (un des réas et principaux acteurs de l’excellente série Baraki) ou encore l’horrifico-intimiste Gravidam de Brandon Gotto. Si Gotto ne fréquente peut-être pas encore le gotha (sic), Gravidam peut compter sur la prestation de la belle et vénéneuse Margaux Colarusso.

Incontournable(s)
Je ne vous mentirai pas: rédiger un article preview, qui établit une liste des œuvres à voir lors d’un festival, est une vraie tannée et il est impossible d’être exhaustif. Mentionnons donc d’autres titres, dans l’ordre des séances du BIFFF 2022: l’anthologie horrifique Scare Package (2019) – le second opus passe aussi lors du fest -, le western dans la savane africaine Saloum (2021) de Jean-Luc Herbulot (en 2014, son Dealer, projet porté avec niaque par Dan Bronchinson, faisait l’effet d’un direct dans l’estomac), le serial killer movie Limbo (2021), nouvel effort du plutôt doué Soi Cheang (Dog Bite Dog), Le Visiteur du Futur de François Descraques, qui adapte sa propre web-série en long-métrage, et La Pietà (l’univers très singulier d’Eduardo Casanova est cher à Romain Le Vern, grand ordonnateur de Chaos Reign).

Pour le plaisir, citons aussi le film à sketches Midnight Peepshow (dont un des segments est réalisé par Jake Evil Aliens West), Studio 666 (le horror flick méta des Foo Fighters, avec les membres du groupe devant la caméra), le docu American Badass: A Michael Madsen Retrospective (tout est dans le titre), l’ibérique Piggy aka Cerdita (Carlota Pereda semble y élaborer une sorte de montée anxiogène, implacable, sur fond de harcèlement et de grossophobie), Diabolik, nouvelle adaptation cinéma du célèbre héros de fumetti par les frères Manetti (Zora La Vampira, Paura 3D), Swallowed de Carter Smith (Les Ruines), The Price We Pay (dernier méfait de Ryûhei Kitamura, qui présentera le film), No Looking Back (2021) de Kirill Sokolov (Why Don’t You Just Die!) et le remake japonais – tardif (2021) – du Cube (1997) de Vincenzo Natali.

Le BIFFF 2022 offrira en sus quelques séances de rattrapage, dévolues à des longs-métrages dont vous auriez manqué la sortie salles en France ou lors de leur passage en festivals : le très enlevé Freaks Out (2021) de Gabriele Mainetti qui, mine de rien, renouvelle avec brio le ciné de genre transalpin, l’animé punkoïde Junk Head (Takahide Hori, 2021) et le très réussi Silent Night (Camille Griffin, 2021), qui avait été présenté en Clôture du Offscreen Film Festival 2022. N’oublions pas deux œuvres qui ont fait leur petit effet au Festival de Cannes 2022: Les Cinq Diables (The Five Devils) de Léa Mysius et son Adèle Exarchopoulos incandescente (sélectionné à la Quinzaine des Réalisateurs) et Nos Cérémonies (Summer Scars, Simon Rieth), qui avait brillé à la Semaine de la Critique. Il a aussi remporté le Narcisse du meilleur film au NIFFF 2022.

Maestros, Guests of Honour et ciseaux d’Anastasie
Par ailleurs, vous seriez avisés de ne pas rater les master class du grand John McTiernan et de Barry Sonnenfeld, respectivement suivies des projos de Predator (1987) et de La Famille Addams (The Addams Family, 1991). Tout comme la sempiternelle Night – anciennement Fantastic Night – et ses quatre films diffusés «back to back» (le samedi 3 septembre, accompagnés d’un court-métrage), ou encore la présence de deux autres invités d’honneur (Paul Feig, cocréateur – avec Judd Apatow – de la fabuleuse série Freaks & Geeks, et Ryûhei Versus Kitamura), venus participer aux agapes.
Immanquable est aussi la conférence dédiée à la censure («Renvoyez la censure!») et dirigée par Kamal Messaoudi (éminence grise de la chaîne YouTube Zone Geek). Y prendront part Jake West (Video Nasties: Moral Panic, Censorship & Videotape), Xavier Gens (Frontière(s)) et Srdjan Spasojevic (A Serbian Film).

Néanmoins, à la minute où j’écris, une question me taraude: le comédien belge Damien Marchal, fidèle parmi les fidèles du BIFFF, portera-t-il encore son affreux blazer fétiche, élimé et rongé par les mites? Réponse le lundi 29 août.
Pour le reste, toutes les infos utiles sont sur le site du festival. A.D.
