[BESTIALITA] Peter Skerl, 1976

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Attention les yeux, Bestialita est un cas bien secoué dans son genre, datant de cette époque fort décomplexée où les (pré)adolescentes en fleur devenaient des sex-symbols pour bandes scabreuses.

Il fut un temps où le cinéma, si libéré, si léger, si chaos, pouvait se permettre d’aborder les tabous comme quelque chose de choquant, mais de tout à fait filmable. Dans la catégorie zoophilie, par exemple, chiens, chevaux et serpents ont sacrément bien servi, et pas seulement dans le porno. Entre les bêtes hybrides et libidineuses de La bête et de Beast in Space (tous les deux avec Sirpa Lane), le berger allemand violeur de Black Emmanuelle autour du monde, la truie de Vase de Noces, le lapin des Héroïnes du Mal, le serpent de Devil in Miss Jones, le gorille de La bête d’amour, la chèvre de Island of Death… le carnaval des animaux avait semble-t-il définitivement mal tourné! Bestialita appartient à cette veine-là, mais transgresse un autre tabou…

Écrit et en partie réalisé par George Antropophagous Eastman, cette bizarrerie doit aussi à un certain Peter Skerl, encore un mystère du chaos qui aurait bossé avec Ingmar Bergman avant de disparaître totalement des radars avec un film perdu appelé Monstruosita. On flaire le chaos à plein nez. En attendant, Bestialita est un morceau de choix dont la première scène marque instantanément au fer rouge: une gamine roule encore et encore sur son vélo, alors que sa mère s’adonne à des galipettes avec monsieur doberman dans le salon. Le mari jaloux viendra régler ça en séparant les amants puis en incendiant la baraque. Du cinéma sans gants, sans chemise, sans pantalon.

La suite ronronne, avouons-le, mais s’aventure tout de même dans des contrées très peu «exploitation»: un couple de quinqua vient passer leurs vacances dans une villa au bord de la mer, hélas à peine diverti par les soirées partouzardes données par une voisine sosie de Régine. On y croise même Ilona Staller, aka La Cicciolina, narguant le petit monde d’un sourire diablotin tout en s’effeuillant au milieu des bourgeois libidineux. Ambiance.

Notre couple à la flamme définitivement éteinte s’ennuie, ne bande plus, se morfond, jusqu’au jour où ils croisent Jeanine, une ado sauvage ne quittant jamais son chien-chien. Se joignant à eux, elle va rallumer les corps fatigués, laissant derrière elle quelques secrets inavouables. Bien que prévisible, Bestialita surprend toujours par la frontalité maladive de son sujet, mais aussi par ses scènes de sexes où les corps ne se retiennent plus et revivent, mélangés, exaltés. Ménage à trois fiévreux, libre, dans l’air du temps sans doute. Jusqu’à sa conclusion tragique, atroce. Et prévisible, oui, on vous l’a dit. Et chaos, évidemment. J.M.

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