Bertrand Mandico, réalisateur: « Lorsque j’ai découvert Elina Löwensohn au cinéma, j’ai été sous le charme avec le sentiment étrange de la connaître »

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QUOI DE PLUS CHAOS QUE BERTRAND MANDICO? Fan de Walerian Borowczyk (OUI), adepte de fantasmagorie, d’univers zarbi, de surréalisme, d’organique (OUI), réalisateur de films courts, longs, multi-supports (OUI), toqué de photographie, de dessin, d’écriture, de son, de collages (OUI), hybridateur taré de genres désirant créer des genres mutants (OUI), amoureux des titres merveilleusement sibyllins comme Mie, l’enfant descend du songe ; Boro in the Box ; Living still life ; Prehistoric Cabaret (OUIIII), raide dingue de Elina Löwensohn (YES). MAIS OUI : AVEC BERTRAND MANDICO, ON VEUT REJOINDRE LES ARMÉES DE LA NUIT !

Bertrand, quel est votre rapport au cinéma ?
Bertrand Mandico : Maladif, pulsionnel, émotionnel, addictif, intime, exclusif. Je lui voue un culte absolu… Il m’est vital. Passion et rejet violent pour certains films. Le mot « cinéma » engouffre tout un pan de réalisations qui me laissent totalement indifférent, je n’aime pas le formatage, que ce soit dans un registre grand public ou art-house, j’évite de voir ce type de films. En revanche, je me délecte des films inspirés, sans hiérarchie aucune.

Qu’est-ce que vous préférez au cinéma?
Bertrand Mandico : Découvrir des films envoûtants, me replonger dans les cinématographies qui m’ont marquées. Et surtout faire des films…

Quels sont les films qui ont marqué votre parcours de cinéphile par leur intensité ou par des séquences précises ?
Bertrand Mandico : Beaucoup de séquences m’ont marqué, mais je retiens surtout celles où j’ai ressenti une certaine porosité entre l’écran et ma vie… Pour commencer, Eraserhead de David Lynch. J’avais vu à la télévision, dans l’émission Temps X, un extrait pour sa sortie française, sous le titre de Labyrinth-Man. J’étais très jeune et le visionnage de la séquence du repas avec la tension familiale et le poulet rôti agonisant m’a envoûtée. L’immersion d’une horreur surréelle dans un contexte familial tendu… Ces images se sont inscrites en moi comme un souvenir intime et secret… Il y a eu aussi un événement fondateur, avec un film mineur, vu dans un cinéma en plein air au bord de la mer. C’était pendant la projection de Un drôle de flic de Sergio Corbucci. J’étais enfant, en short sous un ciel étoilé, captivé par le film. Durant une séquence absurde où l’on voit Terence Hill sous l’eau mâchant un chewing-gum tout en regardant Ernest Borgnine congelé, un énorme rat d’égout a grimpé sur ma jambe et s’est lové sur mes cuisses. J’ai mis un certain temps à prendre conscience de la chose, au moment où machinalement je m’apprêtais à caresser la bête, je découvre le rat me fixant et je pousse un cri d’effroi, ma mère hurle, ainsi que les spectateurs témoins qui m’entouraient. Le rat bondit au sol puis grimpe sur un mur, il disparait dans un trou. Sur l’écran, Ernest Borgnine et Terence Hill s’envolent dans le ciel bleu, allongés sur une bulle de chewing-gum géante. Ce télescopage surréel entre l’événement bestial dans la salle et le burlesque sur l’écran, m’a marqué au fer rouge et griffé ma peau. J’étais devenu pour un instant le spectacle d’un rat… Puis plus tard, Lynch toujours, avec la découverte de Blue Velvet lors de sa sortie dans un petit cinéma de province. Pendant la projection, la pellicule s’est coincée dans le projecteur sur un photogramme qui s’est atrocement déformé avant de bruler. C’était la séquence ou Dean Stockwell chante Candy Colored Clown. L’horreur était à son comble. Ce film m’a fait perdre mon innocence… Et enfin, la séquence de danse dans Simple Men de Hal Hartley. Lorsque j’ai découvert Elina Löwensohn sur l’écran, j’ai été sous le charme avec le sentiment étrange de la connaître, comme beaucoup de spectateurs face aux acteurs marquants. Il se trouve que plus tard, nous allions faire de nombreux films ensembles et vivre l’un avec l’autre, en traversant l’écran…

Est-ce qu’il y a eu un avant et un après un film ?
Bertrand Mandico : Oui, toujours.

Quelle est votre actu ?
Bertrand Mandico : Tournage à venir, finissions sans fins, préparation patiente, écriture éternelle… et la sortie en festival de Notre Dame des Hormones (mon dernier moyen-métrage) avec Elina Löwensohn, Nathalie Richard et Michel Piccoli pour narrateur…

Et quelles sont vos plus belles découvertes en 2014, récentes ou anciennes ?
Bertrand Mandico : Showgirls de Paul Verhoeven ; Les rencontres d’après Minuit de Yann Gonzales (c’était en 2013 mais le film persiste en 2014) ; La propriété c’est du vol de Elio Petri ; SOB de Blake Edwards ; Wrong Cops de Quentin Dupieux ; Mange tes morts de Jean Charles Hue ; Under the Skin de Jonathan Glazer ; Torso de Sergio Martino ; La lettre inachevéede Mikhaïl Kalatazof ; Castaway de Nicolas Roeg ; Le comédiende Sacha Guitry ; La mariée sanglante de Vincente Arranda ; La poupée de Jacques Baratier ; Gueule d’amour de Jean Grémillon ; Necropolis de Nicoletta Machiavelli ; Deux hommes dans l’ouest de Blake Edwards ; Lumière d’été de Jean Grémillon ;Joseph Andrew de Tony Richardson ; Billy Bud de Peter Ustinov ; Goke body snatcher from hell de Kyuketsuki Gokemidoro ; La leçon des choses de mademoiselle Mejika de Hitomi Sakae ; Les Horizons perdus de Frank Capra ; Samson et Dalila de Cecil B DeMille ; Darling de John Schlesinger ; Bye bye Monkey de Marco Ferreri ; Deux hommes en fuite de Joseph Losey ; Qu’as-tu fais à la guerre papa ? de Blake Edwards ; Fedora de Billy Wilder ; Âmes perdues de Dino Risi ; Une vie difficile de Dino Risi / Thomas l’imposteur de George Franju ; Dialogue 20 40 60de Jerzy Skolimowski…

QUIZ CHAOS DU CINÉPHILE 
Bertrand, c’est l’heure du quiz chaos ! Si je vous dis…
Un film : Les chevaux de feu de Serguei Paradjanov
Une histoire d’amour : The Go-Between de Joseph Losey
Un sourire : Delphine Seyrig et Dick Bogarde (les sourires timides)
Un regard : Anne Bancroft et Ben Gazzara
Un acteur : Michel Piccoli
Une actrice : Elina Löwensohn dans Nadja de M Almereyda
Un clown triste : Dean Stokwell dans Blue Velvet
Un début : The Naked Kiss de Samuel Fuller
Une fin : Le journal d’une femme de chambre de Luis Bunuel ; Dillinger est mort de Marco Ferreri.
Un coup de théâtre : la séquence d’orgie fusionnelle dans Society de Brian Yuzna.
Un générique : les génériques de Teruo Ishii.
Une scène clé : Alexandra Balestedo sous le sable dans La mariée sanglante
Un plaisir coupable : Jess Franco
Une révélation : Tuesday Weld dans I walk the Line de John Frankenheimer
Un gag : La nudité factice de Catherine Deneuve dans la Femme aux bottes rouges de Juan Luis Bunuel
Un fou rire : Les tétons réfrigérés de Randy Quaid dans Kingpindes Frères Farrelly
Un film malade : Le corrupteur de Michael Winner et tous les films de Andrzej Zulawski
Un rêve : Juliette des esprits de Federico Fellini
Une mort : Kris Kristofferson dans The Sailor who fell in grace with the sea
Une rencontre d’acteur : Prenez garde à la Sainte putain de Rainer W Fassbinder
Une scène de cul : Une sale histoire de Jean Eustache
Une réplique: «Écoutez moi bien» prononcé par Julien Guiomar dans La voie Lactée de Luis Buñuel
Un silence : Un Flic de Jean Pierre Melville / Judex de Georges Franju
Un plan séquence : Cul de Sac de Roman Polanski pour la séquence nocturne sur la plage. Et tous les films de Jerzy Skolimowski.
Un choc : le cinéma de Kenneth Anger et L’Atalante de Jean Vigo
Un artiste sous-estimé : Elio Petri, Walerian Borowczyk, Shuji Terayama, Jean Gabriel Albicocco…
Un traumatisme : Gloria Mundi de Nikos Papatakis
Un gâchis : Folies bourgeoises de Claude Chabrol
Un souvenir de cinéma qui hante : Element of crime de Lars Von Trier.
Un film français : Spermula de Charles Matton / Change pas de main de Paul Vecchiali
Un réalisateur : Fellynchi
Allez, un second : Joseph Von Sternberg
Un fantasme : Funeral Parade of Rose et Ornella Muti dans Conte de la folie ordinaire
Un baiser : Un chant d’amour de Jean Genet (la fumée)
Une bande son : Aguirre (Popol Vuh) / Stelvio Cipriani – Mar’ys theme (Femina Ridens)
Une chanson pour le cinéma (et qui n’apparait dans aucun film) : Midnight Summer Dream des Stranglers
Une chanson de cinéma (et qui n’a jamais été mieux qu’au cinéma) : Sympathy for the devil créée dans One+one de JL Godard.
Un somnifère : Région Centrale de Michael Snow (un sommeil envoûtant)
Un frisson : Les séquences de The entity de Sydney J Furie re-filmées par Peter Tscherkassky pour son film Outer Space.
Un monstre : Shirley Stoller dans Pasqualino Settebellezze de Lina Wermuller
Un torrent de larmes : Gueule d’amour de Jean Grémillon. Le final…

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