ALERTE. Le réalisateur BERTRAND MANDICO nous raconte par mail comment se passe une de ses journées, en pleines vacances cinéphiliques.
TEXTE : BERTRAND MANDICO
Matin
Vicious Lips (Pleasure Planet) de Albert Pyun (1986) fait partie de ses films que l’on pourrait regarder sur une plage bondée entre deux baignades dans une mer envahie de sacs plastiques colorés au petit matin. Ce n’est pas un chef-d’oeuvre, mais il regorge de moments sucrés, aussi rafraichissants qu’une glace à l’eau dans laquelle on aurait injecté Curaçoa bleu et cyprine.
Pyun a d’abord été le protégé de Toshiro Mifune, il a même réalisé une série avec ce dernier au japon. Puis il a enchainé quelques films fantasticos-héroïcos-fantasy et autres mauvais genres, il tourne toujours me dit-on…
Ses tous premiers films sont les plus émoustillants. Sans doute la patine du temps, la tolérance pour l’effet spatial bricolé, les scénarios foutraques et le désir de faire un cinéma suintant, hurlant le métal. Vicious Lips est un sommet dans le genre… L’histoire d’une discothèque Spatiale faisant appel à un groupe Rock féminin échevelé « Les Vicious Lips »… Mais durant le voyage cosmique, le vaisseau s’écrase sur une planète désertique, libérant par la même occasion un monstre excité caché dans la soute, ajoutons que la planète est peuplée de femmes blondes à l’appétit sexuel intense et de zombies punks…
Le scénario semble avoir été cousu par un garçon de 11 ans, il ne peut se regarder que par grosse chaleur. Dans la même famille on peut aussi ajouter Radioactive Dream (1985), Alien From LA (1988) du même auteur.
Midi
Autre film de l’été, soleil au zénith, visionnage léger comme on tourne les pages d’un vieux magazine légèrement vulgaire, Perfect de James Bridges (1985) avec John Travolta et Jamie Lee Curtis. L’histoire vraie d’un journaliste de Rolling-Stone qui fait un reportage racoleur sur les club de Fitness devenus club de rencontres. Le film vaut pour ses scènes d’affrontements flamboyants, avec corps cambrés, ondulants et suants. Jamie Lee et John au sommet de leur body-control se livrent à une série de joutes dans salle de sport, équivalents 80 des plus grands duels de westerns. Le renouveau du face à face prometteur. Le film est fortement daté, mais a beaucoup de charme. Il fut un chant du cygne pour ses deux interprètes principaux…
Sieste
Rêver que l’on retrouve Ventriloquio 1970 de Carmelo Bene, film perdu…
Fin de journée
Série pour la tombée du jour, à l’ombre des palmiers en feu… Wild Palms de Oliver Stone (dont un épisode est réalisé par Kathryn Bigelow) avec une musique envoutante de Sakamoto, on y croise James Belushi, Robert Loggia, Angie Dickinson… Adapté d’un comics de Bruce Wagner, cette mini-série embrasse Twin Peaks et finit par coucher avec David Cronenberg, pour se réveille au petit matin avec Richard Kelly. Épisodes paranoïaques, sous fond de réalité virtuelle, de nouvelle église et d’yeux crevés… ou Le Prisonnier dans une piscine vide avec le Rhinoceros de Ionesco. Impossible de résumer une série, ça se boit ou ça s’évente.
Nuit
Le noir et blanc revient au galop par nuit de chaleur et d’insomnie.
Glaçons sur draps blancs, c’est Dans la nuit, film muet, de et avec Charles Vanel (1928). L’Aurore à la française, le chainon manquant entre Une partie de campagne de Renoir, Lumière d’été de Grémillon et Les yeux sans visage de Franju. Le genre qui crame le visage du doux réalisme.
Lueur estivale, fête populaire dans des villages fleuris, la carrière, les rochers puis le chaos. Le film léger bascule dans l’obscurité oppressante, le vin blanc se transforme en mélasse acide.
Vanel sublime, acteur et réalisateur, visage masqué de métal esprit vengeur. On pense au merveilleux tueur masqué du Couteau dans le cœur. Un film incandescent, le fameux « merveilleux à la française », un des premiers du genre et comme La nuit du chasseur de Charles Laughton, le film orphelin d’un acteur-réalisateur.

