« Bernie », « Sitcom », « Le bonheur a encore frappé »… 5 films chaos à voir avec « Les femmes au balcon »

Si le cocktail zinzin des Femmes au Balcon détonne dans la production française actuelle, il est bon de se rappeler que le cinéma hexagonal a un passif aussi chargé et savoureux dans la comédie méchante et trash. Petite sélection chaos en cinq films (et demi).


Le bonheur a encore frappé (Jean-Luc Trotignon, 1986)
Présenté à l’époque dans une section parallèle cannoise aujourd’hui disparue («perspective du cinéma français»), ce mystérieux one shot n’est pourtant pas du genre à faire reluire l’image de notre douce France. Dans une atmosphère grasse évoquant parfois Affreux, sales et méchants et les séquences chez les Groseille dans La vie est un long fleuve tranquille, cet enchaînement de saynètes au langage fleuri («– J’ai la merguez qui me démange ! – J’peux pas, y’a du ketchup dans le cornet de frites… ») jette un œil par le trou de la serrure d’une famille de bidochons orduriers, entre la grand-mère sauçant le vin tout juste recraché, le fils bon à rien et psychopathe, la gamine en mode Cosette et le père, incarné par un Jean-Luc Bideau tout de traviole, qui prend son bain et fait la vaisselle en un tour de main. Une absence de classe qui force le respect.


Ma vie est un enfer (Josiane Balasko, 1991)
Cette excursion dans la comédie fantastique pour Josiane Balasko n’allait pas de main morte! Une vieille fille malmenée par la vie et passant ses soirées à épuiser son stock de mouchoirs devant la filmo de Bergman se retrouve avec un Daniel Auteuil démoniaque entre les pattes. Galerie de personnages azimutés en tout genre, avec, entre autres, Jean Benguigui en voisin pervers, Michel Lonsdale en Archange Gabriel, Emmanuelle Baby Blood Escourou en succube, Catherine Hiegel en Lilith barmaid… L’actrice/réalisatrice a su bien s’entourer (les Rita Mitsouko à la musique, Jean-Paul Gaultier aux costumes, Jacques Gastineau aux FX) pour un film pourtant bien branque et vulgos (vous avez déjà vu une porte chier, vous?).


Bernie (Albert Dupontel, 1996)
Il ne le savait pas, et quoiqu’en disent certaines récompenses stériles, Dupontel n’a jamais fait mieux que ce sommet d’humour fluide glacial où un orphelin volant au-dessus d’un nid de coucous tente de reformer sa famille dans un gros fracas. Les répliques cultes pleuvent, les coups de pelle aussi, chacun est au sommet (le tandem Roland Blanche / Héléne Vincent, qui finiront par se découper en morceau façon cartoon sale, est stratosphérique), et on n’oublie pas la poésie tordue au passage (les crachats transformant les compteurs électriques en feux d’artifices).

Comme une bête (Patrick Schulmann, 1997)
Remarqué à la fin des années 70 avec Et la tendresse bordel? et PROFS, Schulmann fit profil bas pendant des années avant de ressurgir avec ce film invendable de deux bonnes heures, sorte de fable fantaisiste débutant façon Tarzan meet Candide, avant de virer revenge movie! Du bon sauvage idéaliste face à la civilisation, Schulmann préfère en tirer une œuvre absurde dont il est souvent impossible de deviner le déroulement: Richard Bohringer fait le passe muraille, des marlous jouent au frisbee avec une scie circulaire, la tête de Philippe Nahon explose au téléphone, la bien-aimée du héros perd quarante kilos en une seconde, Agnès Soral est méchante, Jean-Yves Lafesse (en neo-nazi!) finit agrafé au mur… Le mélange de naïveté, de non-sens et d’ultra-violence fera office de testament pour son réalisateur. Le film, lui, a depuis complètement disparu de la circulation…


Sitcom (François Ozon, 1998)
Le Ozon sulfureux, edgy et insolent des débuts manque pas mal, c’est vrai. Et revoir Sitcom fait toujours figure de bonne piqûre de rappel, non content d’être celui du lot qui a probablement le mieux vieilli. Un Théorème scabreux avec un rat blanc à la place de Terence Stamp, faisant subitement sauter les gonds d’une famille bon chic bon genre. Evelyne Dandry, géniale, joue à merveille la Jacqueline bourgeoise tentant de garde la face jusqu’au moment où elle ira se glisser dans le lit de son fils. Stéphane Rideau, déjà canonisé icône gay, se retrouve harnaché en esclave sexuel et Marina De Van, folle évidemment, fait chier tout le monde sur son fauteuil roulant. Il faudra bien sûr tuer le père, au sens propre comme au figuré, pour remettre tout ça à sa place.


Bonus: Vibroboy (Jan Kounen, 1994)
Allez un petit court, parce que ça fait plaisir. En plein grand chelem de la folie, Jan Kounen a enchaîné les projets les plus tarés les uns que les autres, tous imbibés d’un certain esprit Canal maintenant disparu. On aurait pu tous les citer (de Gisele Kerozene et ses sorcières de la Défense en passant par Capitaine X et son carnage en vue subjective), mais ce cher Vibroboy remporte la partie. Si sa méchanceté à la Vuillemin risque de déplaire beaucoup aujourd’hui (Michel Vuillermoz en femme trans se fait taper dessus du début jusqu’à la fin!!), le bidule, hautement improbable, reste le tableau terrifiant d’un connard indestructible qui, par la grâce des choses, se retrouve envoûté par un Dieu aztèque tout droit sorti de Tetsuo. Son énergie visuelle et sa cruauté n’ont finalement pas bougé, jusqu’à sa conclusion impitoyable sur fond d’Edith Piaf!

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