Après la chronique adolescente (Summer) et le polar fantastique (Écoute le temps), Alanté Kavaïté s’attaque avec Belladone au thème de la fin de vie sous la forme d’un conte hédoniste et lumineux, encore aux confins du fantastique. Le titre fait référence à une plante aux propriétés variées, dont l’étymologie (« belle femme ») remonterait à l’époque où les Italiennes s’en servaient pour dilater leurs pupilles afin de se rendre plus attirantes. La plante est aussi connotée pour sa double nature, à la fois toxique et bénéfique. Cette dualité est au cœur du film qui associe, sans nécessairement les opposer, la cruauté et la douceur, la lumière et les ténèbres, la joie et la douleur, la fête et le deuil. Elle invite aussi à réfléchir aux actions discutables mises en œuvre en vue d’objectifs a priori honorables.
L’île qui sert de décor est propice à une atmosphère de conte, débarrassée des détails et des complications ordinaires. Une exposition brève évoque un futur proche où les plus de 80 ans sont systématiquement pris en charge dans des établissements spécialisés jusqu’à leur mort. Pour échapper à ce destin perçu comme funeste, une communauté de seniors s’est réfugiée sur cette île où la trentenaire Gaëlle (Nadia Tereszkiewicz) s’occupe d’eux avec dévouement, en souvenir de sa mère récemment décédée. L’élevage de poules et la culture du potager assurent l’autarcie du groupe, tandis que Gaëlle fait régner un ordre fondé sur des règles strictes. Jusqu’au jour où débarquent un couple de médecins et une enfant. Gaëlle les tolère au début parce qu’ils sont utiles, mais assez rapidement, elle les perçoit comme des perturbateurs. De fait, en même temps qu’une nouvelle énergie, ils apportent un point de vue différent sur l’autorité de Gaëlle et ses rapports avec ses pensionnaires. Ses motivations ne sont pas en cause, mais sa méthode est plus contestable. Au point que l’évidence s’impose : à force de vouloir empêcher ses protégés de mourir, Gaëlle les éteint en les empêchant de vivre.
Alanté Kavaïté, qui a collaboré à l’écriture des trois derniers films de Lucile Hadzihalilovic, s’appuie sur une logique solide pour structurer son récit, chaque détail étant chargé de sens. La dynamique de la dualité lui inspire des scènes symétriques qui se complétent pour ouvrir des perspectives nouvelles. Mais ces idées sont traduites en son et en images avec une égale détermination. La photo immersive du chef opérateur Manuel Alberto Claro (Melancholia), joue avec la lumière et les éléments pour progresser en intensité vers une forme d’exubérance libératoire. Incarnés avec une assurance joyeuse, les seniors représentent chacun une qualité particulière. Dans le rôle du peintre, Jean-Claude Drouot personnifie la sensibilité artistique. Il trouve la beauté chez Evy (Alexandra Stewart) qui a beaucoup posé pour lui, et n’a jamais renoncé à séduire. C’est à elle qu’on pense à l’évocation du titre. Patrick Chesnais est le sage qui sait que dans les livres se trouvent les réponses à beaucoup de questions. Feodor Atkine est le danseur maîtrisant le langage corporel, tandis que Miou-Miou incarne une éternelle rebelle qui s’exprime par ses actes quand les paroles ne sont pas adéquates. Ensemble, ils expriment les forces et les pulsions que les règles étouffent, et qui lorsqu’elles se libèrent, suggérent que la mort est plus facile à accepter quand on a bien vécu.
26 mars 2025 en salle | 1h 35min | DrameDe Alanté Kavaité | Par Alanté Kavaité Avec Nadia Tereszkiewicz, Dali Benssalah, Daphne Patakia |

26 mars 2025 en salle | 1h 35min | Drame