Pourquoi n’entend-on pas plus parler de Barry, cette série-comédie noire qui se décline drôlement en 10 épisodes de 30 mn, programmée sur HBO depuis le 25 mars aux États-Unis et le 26 mars sur OCS City en France? Une question que tout amoureux de projets singuliers devrait sincèrement poser tant selon nous, cette série qui repose sur un argument-pitch improbable-tendance façon Breaking Bad (quand un tueur en série devient un acteur) détonne quand même bien dans le genre «humour chaos», échappant à toutes les ornières mode d’une telle proposition, trouvant un équilibre costaud entre les éléments de comédie pure et une approche plus subtile des personnages.
Faisons les présentations. Barry est un ancien soldat introverti et solitaire, devenu tueur à gage par défaut, pensant que tuer était son seul talent. Lorsque son patron l’envoie à Los Angeles pour abattre un acteur débutant, notre Barry se découvre une passion pour la comédie, sentant le cœur battre la chamade pour une comédienne paumée, et décider de changer de vie. Mais avant de changer de vie, il doit tout d’abord se débarrasser d’un gang tchétchène. En gros, c’est Dexterpour de rire (mais aussi dark).
Bill Hader, comique révélé dans l’émission Saturday Night Live, tient le rôle éponyme de Barry. Il est aussi le co-auteur avec le scénariste et réalisateur Alec Berg (Seinfeld) de cette farce brillamment écrite qui traite tout ce qui est sérieux, moral… par-dessus le jambe. Cette désinvolture, ce mauvais esprit, ce je-m’en-foutisme s’avèrent ses atouts les plus précieux, donnant une bonne petite claque aux esprits trop sérieux. Et accessoirement, c’est drôle. Très. Mais pas que. L’air hébété, ce robot sur le voie de l’humanisation qu’est Barry traine surtout sa mélancolie post-traumatique dans un monde Kafkaïen, vide de sens, où chacun à son petit niveau galère avec ses choix existentiels, cherche sa place, tente de devenir l’acteur de sa propre vie (avec la trouille de passer à côté des évidences, des choses, des opportunités).
La bonne nouvelle dans Barry, c’est que Bill Hader a la bonne idée de ne pas jouer en solo mais de jouer collectif, laissant la place aux acteurs/personnages secondaires de vivre. Il y a de la lose de partout, chez tout le monde, mais de la lose amusée et amusante, presque jouissive, sur le mode «personne n’y croit vraiment, personne n’y arrive vraiment mais c’est ce qui nous rend solidaires». Cerise hilarante sur le gâteau : Harry Winkler, inoubliable rocker Fonzie dans la série Happy days, joue un professeur de théâtre vieux beau, dragueur, irrésistible. À chaque fois qu’il apparaît, sachez qu’il fait rire très fréquemment et très bruyamment.

