[BARBARA] Walter Burns, 1970

Quand Jane Birkin scandait: «69, Annay irowtique», de l’autre côté de l’atlantique, on chuchotait: «69, year of the cock». C’est en tout cas ce que nous apprend le carton d’introduction de Barbara, petite bande kamikaze qui s’est bien trop perdue en route pour connaître un quelconque (cu)culte. Déterré des dunes où il était enseveli, il renvoie, pour le meilleur comme pour le pire, aux grandes heures de la révolution sexuelle. Et sans les gants, s’il vous plaît: sa longue scène d’introduction, à s’en décrocher la mâchoire, montre un homme et une femme s’adonnant à une levrette sauvage sur le sable, surveillés non loin par les jumelles d’un curieux personnage. Les amants repus s’effondrent, l’homme les rejoint, prend sauvagement Madame, manifestement ravie et dont la bouche en action réveille le mari assoupi. Le bandeur mystère attrape alors l’homme du couple de tous les côtés, avant de ne faire qu’un avec le duo. Rarement on a vu, et on verra, dans le cinéma traditionnel comme dans le porno, une représentation aussi crue et franche du triolisme, le vrai, loin d’un bisou égaré au détour d’un malentendu (Guadagnino, c’est toi qu’on regarde!).

Excitant et excité, Barbara ne vient pourtant que de commencer… Le jouisseur des dunes se révèle une sorte de gourou du sexe, qui va bien sûr inviter le couple dans sa tente, avant d’y faire rejoindre d’autres personnes (dont la Barbara du titre qui… n’a rien du personnage principal!). L’action se déroule à Fire Island, paradis perdu à quelques encablures de New-York qui sera bien connu ces années-là pour devenir le lieu de tous les possibles pour la communauté gay: Boys in the Sand se chargera de l’immortaliser un an plus tard. Mais nous sommes également en pleine vague hippie, les énergies se concentrent, on ouvre les chakras, on fume le calumet de la paix, on baise pour emmerder le monde, le rendre meilleur et pour l’oublier. Difficile de dire, à la vue des images, si Barbara simule les actes qu’il montre: on ne voit point d’érection, mais de nombreuses scènes semblent difficilement mimées. Ce qui ne fait qu’un peu plus augmenter le trouble ambiant…

La bisexualité affirmée des protagonistes (entre femmes comme entre hommes) surprend encore aujourd’hui, surtout après une longue vague de cinéma érotique et X où seul le saphisme a toujours semblé autoriser (hormis quelques rares exceptions) – du moins, dans la production hétérosexuelle. Le noir et blanc crasseux brouille la lumière, étreint les acteurs, Barbara a la tronche d’un long rêve humide et incertain, presque sale, mais terriblement vivant. Joueur, insolent aussi avec ça, sûr de sa provoc’, Barbara récolte les fruits de son époque: tantôt il abasourdit par son audace (le gourou et son amant favori, agressés par des pêcheurs homophobes, finissent par les humilier et les forcent à pratiquer un 69), tantôt il énerve aussi (la fétichisation du seul homme noir).

Sa juxtaposition d’images et de sons, venue d’une autre époque, évoquent ce que faisait Dusan Makavejev (Sweet movie) à l’autre bout de l’Europe; et on y fait même du pied au réalisateur de Pierrot le Fou avec une séquence «hommage à Godard» qui, curieusement, n’a pas grand-chose à voir avec son cinéma à lui. Mais le film, et c’est bien là sa force, n’a rien d’une réunion hippie bon teint et se plaît aussi au mauvais goût, à l’inconfortable, comme lorsque l’un des personnages principaux (Robert McLane, qu’on reverra dans le très mignon A very natural thing) découvre le poppers avec un beau moustachu qui lui expliquera plus tard comme il se satisfait couramment avec son animal de compagnie. Les mains dans les poches, Barbara ne sait pas trop comment se finir, évoquant au lance-roquette le bruit de la guerre du Viêtnam et un possible retour à la dure réalité pour certains. Son cinéaste disparaîtra d’ailleurs comme il était venu.

Réalisation: Walter Burns
Scénario: Josef Bush, Frank Newman
Avec: Jack Rader, Nancy Boyle, Robert McLane

 

Les articles les plus lus

CANNES 2024 – LES ETOILES DE LA CRITIQUE

PALMOMÈTRE! Voici la page de notre guerre des étoiles...

JEAN-BAPTISTE THORET, L’ENTRETIEN KING-SIZE

Grande première pour le Chaos, qui ouvre ses colonnes...
spot_img

À lire absolument

spot_imgspot_img
ga('send', 'pageview');
error: Content is protected !!