« Baise-en-ville » de Martin Jauvat à la Semaine : confirmation d’un vrai talent après « Grand Paris »

Baise-en-ville : « petite sacoche généralement munie d’une dragonne, permettant de transporter l’essentiel pour passer une nuit. » Un outil qui sera bien utile à Sprite, 25 ans, qui doit absolument trouver un job après son retour au bercail parental. Mais pour travailler, il faut le permis. Et pour se payer le permis, il faut un emploi… Alors qu’il se fait engager par une start-up spécialisée dans le nettoyage d’appartements au lendemain de fêtes, sa monitrice d’école lui enjoint de s’inscrire sur une application pour séduire les jeunes femmes habitant près de ses lieux – toujours mouvants – de travail. Mais nouveau problème : le garçon, joué par Martin Jauvaut lui-même, n’est pas vraiment le petit cousin de Hitch ou du bachelor célibataire…

Cette logique de vases communicants, imbriquant les problèmes les uns aux autres, tisse la toile narrative du nouveau film du réalisateur de Grand Paris, film bonbon réticulaire montré à l’ACID en 2022. Pour ceux qui aimaient déjà la loufoquerie bande dessinée du précédent opus, et cet humour poético-weirdo allant chercher l’intersection parfaite entre Kaurismäki, Forgeard et Dupieux, aucun dépaysement à prévoir avec ce second long-métrage, où s’invite au passage un sacré casting (Emmanuelle Bercot, William Lebghil, Sébastien Chassagne, Anaïde Rozam, Michel Hazanavicius, Annabelle Lengronne, Aurélien Bellanger, Géraldine Pailhas…). Pour ceux qui trouvaient ça un peu léger, Martin Jauvat a densifié quelque peu le propos, racontant non seulement les galères de la vie de banlieue (y compris pavillonnaire) mais aussi celle du cœur : le sexe y est par exemple assez habilement saisi soit comme un truc à vite satisfaire, soit au contraire comme un intimidant giant stepherculéen, mais toujours dans sa dimension anxiogène et aliénante.

Appuyé sur des répliques concon que peu de cinéastes maîtrisent aussi bien – « Ouais, je suis en intérim.. Mais c’est temporaire, hein ! »Baise-en-ville offre aussi un écrin en or à une Emmanuelle Bercot gé-nia-lis-sime en mentor-matrone du jeune vingtenaire paumé. C’est probablement dans l’art d’étirer les situations et les gags, de gonfler des parcelles d’action sur le papier insignifiantes – rappelons que toute l’intrigue part d’une histoire de bonde de baignoire confisquée par la mère de Sprite pour le punir de n’être qu’une andouille à lunettes dépourvue de tout projet – que la liberté de Jauvat réussit le mieux. Bien curieux de voir le virage que sa carrière prendra (encore un adulescent en manque de repères ?) pour son troisième long…

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