[BAD LIEUTENANT] Abel Ferrara, 1992

Harvey Keitel patauge en enfer et cherche la rédemption au contact d’une religieuse violée. Abel Ferrara au sommet.

PAR ROMAIN LE VERN

Après un film pornographique improbable (The Nine Lives of a Wet Pussy) et un trip horrifique (Driller Killer), Abel Ferrara, cinéaste new-yorkais par excellence, dont l’œuvre a un besoin vital de la ville et de sa frénésie, révèle dès L’ange de la vengeance, son troisième long métrage et le premier à l’imposer comme un cinéaste majeur, les thématiques de ses prochains films (sexe, violence, religion). Bad Lieutenant, réalisé en 1992, est peut-être l’un de ses sommets. Soit la descente aux enfers d’un officier de la police criminelle (Harvey Keitel). Corrompu, drogué et addict aux paris sportifs (il a joué – et perdu – un gros paquet sur un match de base-ball opposant les LA Dodgers aux NY Mets), il se retrouve pris au piège de ses propres démons. Ne pouvant régler sa dette de plusieurs milliers de dollars à son bookmaker et se sachant condamné, il tente de sauver son âme par la résolution de l’enquête concernant le viol d’une bonne sœur. Une sainte qui s’obstine à cacher le nom de ses violeurs (qu’elle connaît).

Toute l’enquête policière n’est qu’un prétexte pour peindre le mal-être d’un ange déchu. D’un flic pourri jusqu’à l’os qui abuse de son autorité (voir la très troublante scène où Keitel se masturbe devant deux filles dans la voiture, improvisée par l’acteur) et de toutes les formes de substances (il est présenté comme un junkie dépravé). Harvey Keitel s’illustre alors magistralement dans son rôle le plus dur à ce jour, celui du flic défoncé qui se piquouze le bras devant la caméra et se révèle obsédé par le mal qu’il commet avec une joie autodestructrice. A travers cet acteur, à travers ce qu’il représente, Ferrara, fasciné depuis toujours par le cinéma de Scorsese, rend un hommage direct à Mean Streets où déjà Keitel incarnait un personnage taraudé par la même culpabilité chrétienne (le parallélisme est accentué par la chanson Pledging my love de Johnny Ace). Malgré sa complaisance dans la corruption, son attitude et ses déviances (il truande, dépouille les cadavres…), il n’échappe pas à la compassion du spectateur. Certainement parce que sa brutalité exacerbée masque une humanité qui lui crève le ventre. Et c’est Jésus en personne qui revient le lui prouver dans une église.

Dans ce sublime polar christique, la violence sert de catharsis, la spiritualité devient un moyen de se laver de ses stigmates, et les maux les plus douloureux s’expriment par un « fuck » salvateur. Plus tard, Ferrara retrouvera Keitel dans Snake Eyes sur la douloureuse descente d’un metteur en scène tyrannique voyant le tournage de son nouveau film lui échapper inexorablement.

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