« Babygirl » de Halina Reijn : eyes wide open sur la libido féminine (et on en veut encore)

LES ETOILES DE LA REDAC

Lucie Chiquer
Morgan Bizet
Romain Le Vern
Gérard Delorme
Jérémie Marchetti

Danse lascive. En PDG accomplie d’une firme high-tech et mère d’une jolie petite famille, Romy (Nicole Kidman) semble tout avoir sous contrôle. Pas un seul dérapage, pas une seule ride en trop – botox oblige –, pas un seul enfant négligé. Mais aussi puissante et épanouie qu’elle soit au bureau, elle n’est au lit jamais comblée par son mari avec qui l’orgasme lui est inconnu. Jusqu’à ce que la belle gueule d’un stagiaire impertinent vienne tout foutre en l’air (littéralement) et qu’un contrat entre les deux se mette en place. Et rien à voir avec une promesse d’embauche.

Intolérants au lactose, passez votre chemin. Tout commence par un verre de lait, puisque c’est au moment précis où Samuel (Harris Dickinson) en commande un à sa boss Romy lors d’un afterwork entre collègues que la dynamique se met en place: il mène le jeu, elle obéit. Cul sec. Mais c’est un peu plus tard, lorsqu’il lui donne rendez-vous pour la première fois dans un motel, que Babygirl se révèle étrangement différent de l’habituel fantasme du flirt sur le lieu de travail: ici rien ne sera beau, ni propre, ni conventionnel. Il y a chez Halina Reijn une volonté de décortiquer les fantasmes féminins dans ce qu’ils ont de plus embarrassants, transgressifs, voire parfois dégradants, et qui se traduisent ici par l’humiliation érotique.

Et c’est là où Babygirl opère un tour de force, puisque le film déborde davantage de sensualité lorsque ses acteurs sont encore habillés, vulnérabilité et imagination détrônant nudité et pénétration. Les scènes de sexe, terriblement moins sexy que tout le reste, se font finalement rares, car le désir est ailleurs: dans la confiance partagée, les regards amusés, les jeux de rôle grinçants, le lâcher-prise, l’intimité. Avec, toujours, les envies de la femme placée au centre du récit. Et si Nicole Kidman surprend par la façon dont elle s’empare de ce personnage imparfait et le transforme en une extension d’elle-même, c’est aussi Harris Dickinson qui se révèle ici –même si ceux qui ont vu Matthias et Maxime de Xavier Dolan étaient déjà bien conscients de son charme létal– grâce à un rôle déroutant de complexité: effronté, mais fragile. Grave, mais à l’humour irrévérencieux.

Si le sexe n’est pas le moteur, que filmer? Que montrer? La dynamique émotionnelle entre Romy et Samuel d’abord, parfois lubrique, parfois animale, et le faire en épinglant la caméra sur les regards qui circulent entre eux. Mais aussi l’attraction entre ces corps qui s’apprivoisent, en perpétuel mouvement sur une bande son sulfureuse composée par Cristobal Tapia de Veer (le même monsieur derrière celle de The White Lotus) et surplombée de quelques musiques jamais choisies au hasard, de Father Figure de George Michael à Never Tear Us Apart de INXS. Voilà, enfin, un cinéma érotique audacieux mais qui n’a pas la condescendance de se prendre trop au sérieux.

15 janvier 2025 en salle | 1h 54min | Erotique, Thriller
De Halina Reijn | Par Halina Reijn
Avec Nicole Kidman, Harris Dickinson, Antonio Banderas
Et c’est là où Babygirl opère un tour de force, puisque le film déborde davantage de sensualité lorsque ses acteurs sont encore habillés, vulnérabilité et imagination détrônant nudité et pénétration. Les scènes de sexe, terriblement moins sexy que tout le reste, se font finalement rares, car le désir est ailleurs: dans la confiance partagée, les regards amusés, les jeux de rôle grinçants, le lâcher-prise, l’intimité. Avec, toujours, les envies de la femme placée au centre du récit."Babygirl" de Halina Reijn : eyes wide open sur la libido féminine (et on en veut encore)
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