[ATTENDUE À CANNES 2021] Jodie Foster, Palme d’honneur: « Grandir à Hollywood n’est pas le meilleur endroit pour devenir mature »

Attendue à Cannes pour recevoir la Palme d’honneur, une récompense qui salue l’ensemble de la carrière d’un grand nom du cinéma, Jodie Foster a été à l’affiche de nombreux films, étalés sur des décennies. Et certains d’entre eux ont fait trembler l’échelle du Chaos…

«Si Pittsburgh est historiquement la ville de l’acier aux Etats-Unis, Los Angeles, elle, est la ville du cinéma. Il y a quelque chose d’un peu immature à parler de films et de fictions toute la journée, aux quatre coins de la ville – ça peut vite faire tourner la tête!». C’est au début des années 1960 que l’histoire commence, lorsque Lucius Foster III, un «très sérieux» lieutenant-colonel dans l’Armée de l’Air américaine reconverti dans l’immobilier prend la décision de quitter son épouse Brandy. Une décision qui donnera à la mère de Jodie l’opportunité de faire travailler son réseau dans le milieu mondain des nouveaux riches. Quelques années après sa naissance, elle commence par faire jouer sa fille dans des publicités, alors qu’elle tient à peine debout. Quatre ans plus tard, elle tourne son premier film, Napoleon and Samantha, avec Michael Douglas, et produit par Walt Disney Pictures. Sa mère est ravie, la petite Jodie est déjà une enfant star, habituée des plateaux. C’est d’ailleurs à elle que pense Tarantino quand il crée le personnage de Trudi Fraser dans Once Upon a Time… in Hollywood: une petite fille trop mature pour son âge.

Les dés sont jetés. Habituellement, dans le destin des «stars», le «droit du sol» vient après la célébrité. Pour les Foster, c’est l’inverse, ils ont déjà la nationalité hollywoodienne, et la gloire qui va avec. Fait extrêmement rare. Nombreux ont été les échecs pendant la tentative de l’obtention de ce Graal ultime: la propriété. «Once you own a place, that means you live here! You no longer visiting» Pour reprendre les mots de Rick Dalton. Autrement dit, une fois installée, tu n’es plus seulement de passage, tu vis ici! Ça fait toute la différence. Mais passé cet idylle avec le Mickey Mouse Club, les choses deviennent plus intéressantes pour Jodie. Rapidement, voire brutalement. D’enfant star, la brindille devient une «Baby Doll». En jouant le rôle d’une prostituée dans Taxi Driver de Martin Scorsese, sa carrière prend une tout autre tournure. «Agée de 14 ans», «une femme fatale» «really?», «mais où va-t-on?». La terre entière est choquée. On est loin de l’univers de Disney. Le Nouvel Hollywood explose et elle est là, pendant un quart d’heure, à l’épicentre du souffle. Le film est sélectionné au Festival de Cannes et remporte la Palme d’or.

Après un court séjour en France où elle joue notamment avec Jean Yanne (qui l’a compare à une fleur), elle retourne à Los Angeles et continue ses études au lycée français – où elle apprend notamment à maîtriser toutes les subtilités de notre langue. Le Nouvel Hollywood n’est déjà plus qu’un lointain souvenir, Cimino a tout gâché et il ne reste qu’Adrian Lyne capable de fournir un dossier suffisamment riche pour faire un film qui n’est pas un action movie. Foxes (Ça plane, les filles) est une belle surprise. Le résultat est là. Jodie joue une adolescente découvrant le monde du sexe, de la drogue et du rock’n’roll. Parmi ses amies, il y a Cherie Currie, la chanteuse du groupe The Runaways. Pas étonnant, elle connaît par coeur de milieu. Le petit groupe de Valley girls dégage une vraie alchimie et le public le ressent. On est en 1981 et le film touche, mais pas autant que souhaité. C’est la décennie de la violence, dans un siècle marqué par le chaos. «We want more!», s’époumonent les jeunes. En mars de cette année, John Warnock Hinckley, Jr., un illustre inconnu, se met dans la tête qu’il est Travis Bickle et tente d’assassiner le président Ronald Reagan – l’acteur de Crimes sans châtiment, devenu président des Etats-Unis d’Amérique. C’est trop pour lui: un acteur président, un film avec des actrices qui existent vraiment – et qui vivent à Los Angeles… Comme lui. Il se dit que ça y est, le quatrième mur est brisé. On retrouve d’ailleurs une lettre adressée à Jodie Foster où il dit qu’il a fait ça pour elle, «pour la libérer», et qu’il a «bien entendu son message», entendu quinze fois de suite au cinéma. Loin de se laisser abattre, notre héroïne continue son chemin et ne souhaite plus en parler. Elle a du pain sur la planche. Il faut faire un film avec Jonathan Kaplan, et un autre, avec Jonanthan Demme. Le Silence des agneaux est un accident. Elle obtient le rôle à la place d’une autre actrice. Quoi qu’il en soit, il devient culte, grâce à elle.

À force de garder la tête haute et d’enchaîner les victoires, le monde se demande à qui peuvent-ils bien avoir à faire. Une superwoman? Une enfant star devenue adulte? Un vestige du passé? Au début des années 90, on lui prête beaucoup d’aventures et de surnoms. On l’associe à tout et n’importe quoi. Woody Allen veut la faire jouer de nouveau le rôle d’une prostituée – dans Ombres et brouillard. Elle reçoit des centaines de scripts par jour; principalement pour jouer des ersatz ou des copies de choses qu’elle a déjà fait. Le premier à voir son vrai visage, et à véritablement apporter un regard nouveau à ce moment-là, c’est Robert Zemeckis. Il fait d’elle le docteur Eleanor Arroway, dans Contact, un film de science-fiction mésestimé. Jodie incarne une femme libre, représentée par le seul miroir de la détermination. Bien plus cérébrale que Sigourney Weaver dans Alien, son personnage inspirera la génération suivante de réalisateurs de SF. Ironiquement, son prochain succès, début 2000, ressemblera plus à une bataille physique qu’intellectuelle. Dans Panic Room, de David Fincher, elle cherche à échapper à des cambrioleurs qui ont envahi sa maison.

Quelques années passent et Jodie retourne à la réalisation, qu’elle avait commencée en 91 avec Le petit homme et Week-end en famille. En 2011, sort Le complexe du Castor avec Mel Gibson, un acteur à la réputation encore sulfureuse à l’époque – mais pas de commentaire. Elle trace sa route et revient en 2016 avec Money Monster, présenté au Festival de Cannes. Une sorte de consécration pour son travail derrière la caméra. Cette satire de la télévision américaine, inspirée de Network (de Sidney Lumet), englobe toutes les préoccupations d’une société obnubilée par les écrans. Comme un écho à son rôle dans Contact, le personnage principal que l’écran fascine, passera par tous les états possibles, encore et toujours, jusqu’à personnifier la machinerie humaine. Une carrière dense, donc. A la fois actrice, réalisatrice, humaniste, elle a apporté au cinéma une part de maturité, dans une industrie qui n’a eu de cesse de se réinventer et grandir, pratiquement en même temps qu’elle. Cela méritait bien une Palme.

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