Abonnée à la Cinéfondation et à Un Certain Regard (trois sélections), Jessica Hausner sera, avec Kleber Mendonça Filho, la caution SF de cette édition 2019. Un cinéma radical qui, comme Fogiel à ses grandes heures, ne devrait pas plaire à tout le monde.
PAR GAUTIER ROOS
Il fallait bien une autrichienne pour faire chanter Felicità à Léa Seydoux (grand morceau de chaos dans son film Lourdes en 2009): c’était bien avant que le revival de la variété italienne ne gagne les playlists Spotify des jeunes gens modernes, et déjà un malentendu persistait autour de la cinéaste. Réalisatrice de « films de festival »? Austère, la Hausner? On reconnait ici volontiers que son cinéma ne se laisse pas regarder si facilement, que son goût pour les plans séquence dilatés peut faire fuir le spectateur distrait, l’oeil fatigué par les turpitudes cannoises de la veille (et de l’avant-veille). On ne laissera en revanche pas les taxinomistes pressés ranger la cinéaste dans le tout-venant des productions art et essai: son cinéma, clinique, cruel et par moment très drôle, ne se nourrit pas vraiment de la diet food servie en portions généreuses par les festoches du monde entier.
Habituée à traquer une Autriche « du trompe-l’oeil et de l’à-plat permanent », la scripte du père Haneke sur Funny Games (le Haneke qui nous manque hein, pas celui endimanché de Happy End) semble elle aussi fascinée par les milieux clos en proie à la décrépitude (Hotel, Lourdes, Amour fou, dans trois styles fort différents). Son Little Joe tourné en globish devrait prendre la même pente, grâce un scénario qui s’est affiné ces derniers jours: alors qu’on savait que l’intrigue tournait autour d’une mystérieuse plante qui modifie la personnalité des humains et animaux qui l’approchent, on salive en apprenant que le scénar pourrait plus se diriger vers une relecture des Body Snatchers de Don Siegel (1956), avec des corps « échangés ». Miam!
Plutôt qu’un vaste pudding arty vaguement assaisonné à la sauce SF (risque qui n’est pas totalement écarté), on croise les doigts pour assister à notre futur film chaos du mois de mars 2020. Jessica 4ever…

