[ATTENDU À CANNES 2019] WERNER HERZOG

Un man vs wild d’un autre genre, Werner Herzog flirte avec les volcans et les puits de pétrole, les glaciers ou les tropiques. Il s’immisce aussi dans les prisons, les asiles et bientôt dans l’intimité du logis, avec Family Romance, LLC, qui sera projeté à Cannes lors d’une séance spéciale, intrigante immersion dans une cellule familiale japonaise composite.

PAR LOUISE FILIPPI

Werner Herzog tisse une filmographie expansive qui rend possible le voisinage d’un Klaus Kinski avec Nicolas Cage, d’un meurtrier et ses victimes, et d’un Bruno Schleinstein qui navigue entre Stroszek et Kaspar Hauser. De même que l’on peut voir Isabelle Adjani vampirisée, faisant don de sa pâleur et de ses yeux couleur précieuse à un frêle mais toujours intimidant Klaus dans Nosferatu, fantôme de la nuit (1979). Mais le réalisateur ne se contente pas de montrer, il est aussi personnage de ses propres films ou ailleurs; et il suffit de fermer les yeux pour sentir sa présence: on le reconnait à sa manière de parler, avec son accent qui détonne dans Julien Donkey Boy (1999) d’Harmony Korine, jouant le rôle d’un père inquiétant, abusif et sénile, ou bien contant les histoires d’un Grizzly Man déchainé dans un de ses documentaires…

Souvent, ce que l’on croit être stable se retourne peu à peu sans que l’on ne puisse plus distinguer l’envers de l’endroit, avec des zones poreuses où infusent le rêve, le cauchemar et la réalité brute. Il documente l’imaginaire comme une source fiable, qui, embrassé avec rigueur, propage son champ d’action et élabore un nouveau réseau, alternatif, et pourtant bien ancré sur Terre. C’est un rhizome qui décolle, déracinant les conventions de surface et qui explore sans principes. Il en sort souvent un sentiment de crainte, quelque chose dans les images qui relève d’une poésie du risque et d’une énergie qui détonne.

On dirait qu’une force titanesque émane de ses films, et l’on connait les faits devenus légendes d’Aguirre, La Colère de Dieu (1972) ou Fitzcarraldo (1982). Ses tournages débordent et entrent en collision avec la fiction, créant des moments de passage où s’infiltre la puissance des éléments et l’urgence d’une prise. Un engagement rare du corps poussé à sa limite dans des territoires hostiles, inattendus ou non désirés. Il tourne en hélicoptère ou à hauteur d’homme, donnant à voir des matières de paysages où se profilent des étendues monochromes, des explosions terribles ou bien s’attarde sur l’action du vent dans les hautes herbes, dévoilant des mystères qui sommeillent, et qui percent de temps à autre notre conception anthropocentrique du monde. Le cinéma d’Herzog regarde et voit avec ampleur, mettant en place une géographie des images, une mise en espace de l’infime et du majestueux, créant un cheminement de dioramas d’une autre envergure, entre nature et industrie, homme et cosmos.

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