Les amants de la lune de miel à la sauce roman porno. Pincez-vous, ça existe et c’est beau.
Inconséquent, léger, pop, noir d’ébène ou noyé sous les cordes, le roman-porno de la Nikkatsu a pris plus d’une apparence au fil des années 70 et 80, de la fable titillatoire au bouillon SM. Il a eu aussi le goût du danger: dans sa grosse bulle rouge, Yasaharu Hasebe fut peut-être le réalisateur du studio le plus radical et le plus cruel, bien que l’on prête – un peu à tort – cette position à Masaru Konuma. Plus que des rapports de soumission/domination extrêmes, Hasebe n’avait pas peur de son côté de la violence outrancière: cette nature profonde se cache peut-être dans la première partie de sa filmographie, avant tout dédiée à de nombreux Sukeban, ces films de gangs féminins… ce qui n’a pas pu l’empêcher de rater dans les grandes largeurs le quatrième volet de la saga des Sasori (du côté de la Tohei cette fois), et dernier avec la grande Meiko Kaiji.
La rancœur au forceps, la vengeance au bout de la caméra: ses roman-pornos seront impitoyables, à réserver encore aujourd’hui à un public hautement averti. Rape! Attacked! Rape! The 13th Hour, Raping!: autant que les titres donnent déjà le ton. Dur, le bonhomme offre des Rape & Revenge parfois sans véritable Revenge, traversés par des idéaux fracassés, mais toujours habités d’un sens de la mise en scène ébouriffant. Lui aussi nanti d’un titre tapageur, Assault! Jack the Ripper – qui n’a strictement rien à voir avec le légendaire tueur – tire ouvertement vers l’horreur. Il peut se targuer de remporter la médaille du titre le plus gore de l’écurie roman-porno, d’ailleurs peu ouvert aux accouplements avec le fantastique ou l’horreur. Hasebe passe la Nikkatsu au grill et vérifie la cuisson; et, ce sera saignant bien sûr.
Assault! Jack The Ripper se termine dans l’hémoglobine, mais débute dans la crème fraîche: celle d’un gâteau minutieusement préparé qu’une lame viendra défigurer. Dans les cuisines d’un restaurant familial, une serveuse aux traits briochés, Yuri, croise le regard d’un pâtissier, Ken, qu’elle provoque entre deux commandes. Un soir de tempête, ils croisent la route d’une auto-stoppeuse, manifestement autant adepte du strip-tease que de l’automutilation: en voulant s’en débarrasser, les deux larrons la tuent accidentellement et abîment son cadavre en voulant le dissimuler. La peur des amants deviendra le terreau de leur jouissance: la vision du corps nue charclé et de la lame ronde les précipitent alors dans les ondes infinies du plaisir. Ne retrouvant jamais la précieuse extase, et après quelques rondes de jalousie, le couple comprend qu’ils ne peuvent que grimper aux rideaux qu’en tuant des jeunes filles égarées, dont ils cachent les corps dans des endroits isolés et improbables. «Tu connais la caresse qui fait revivre les morts!» susurre le billet doux et baudelairien d’une prostipute: le duo de l’amour à mort découpent à la chaîne, baisant dans les cimetières à ciel ouvert. Le summum étant atteint dans une séquence finale renvoyant à la fameuse tuerie de Richard Speck, ayant déjà inspiré Les anges violés de Koji Wakamatsu.
Scope généreux et cadrage au cordeau: Hasebe est un technicien hors-pair mais aussi un grand malade qui ne lésine pas sur les coups de coude au Giallo. Là où le cinéma de genre italien avait manifestement poussé le bouchon aussi loin que possible sur la sexualisation de la violence, ici les symboles ne font plus dans le figuratif: le couteau, long, plat et rond, se révèle un phallus qui transperce dans des bruitages très saillants les vagins de ces dames. L’affiliation giallesque est épousée, sanctifiée, voire assumée lors du meurtre d’une styliste, dont le métissage renforce d’autant plus l’impression de s’être égaré chez Dario Argento: le corps virevolte derrière une baie vitrée, et la lame tranche autant qu’elle caresse une silhouette épuisée entre l’extase et la souffrance. Petite ou grande mort, on ne sait plus. Derrière la recette fétichiste, un humour noir que dissimule à peine la b.o à base de chabadabada bien placé. L’immoralité triomphe alors en fin de bobine, une nouvelle aube pour les cinglés.
