[APACHES] John Mackenzie, 1977

Coucou, c’est l’heure du chaos : savez-vous où sont vos enfants ?! Il y a quelques années, la BFI a sorti de son placard à archives de nombreux films de la Central Office Information, dont la valeur se veut plus documentaire et sociologique que véritablement cinématographique. En tout cas pour la plupart… Parmi eux, de nombreux courts destinés à sensibiliser les plus jeunes, concept qui ne relève d’ailleurs en rien d’une spécificité britannique. On y prévient donc des dangers du quotidien, allant des conditions de sécurité pour faire du skate aux sorties en plein air… mais avec quels moyens! Say no to strangers de 1981 par exemple, évoque, comme son titre l’indique, les rencontres qu’un enfant peut faire avec un inconnu et comment lui dire non. Si l’exécution n’est ni racoleuse ni répréhensible, on suffoque parfois en raison du réalisme froid des saynètes et de l’atmosphère très gloomy qui nous rappellent au passage à quel public il était destiné. Au delà du chaos, Apaches lui, bat des records.

Réalisé lui aussi par John Mckenzie, auquel on devra plus tard le cultissime Long good friday (1979), il glace l’échine tant son concept brutal le rapproche davantage d’un pur ovni que d’un innocent film éducatif. D’ailleurs, on imagine sans peine les longues nuits blanches qu’ont dû passer les écoliers ayant vu la chose… Le temps d’un beau money-shot, un groupe d’enfants déguisés descend la colline surplombant un petit village anglais. Le doute est permis: s’agira-t-il d’une énième escapade de killers kids (très à la mode à l’époque, entre Les révoltés de l’an 2000, Devil Times Five ou The Children) ou au contraire d’une réflexion sur le mimétisme des jeux d’enfants sur le monde violent des adultes (gunfight, cowboys et indiens…) ? Définitivement non.

Mckenzie filme si bien les gosses et leur propension à accorder leur imaginaire de telle sorte que cela pourrait durer longtemps. Et puis, soudain, c’est le drame. Durant près d’une demi-heure, Apaches joue la carte du massacre tristement réaliste où chaque petit protagoniste finit par rendre l’âme dans un coin du décor. On ne vous spoilera pas grand-chose, mais sachez que McKenzie n’hésitera pas à filmer par exemple une noyade dans une fosse à purin ! Chaque deuil est symbolisé très froidement par un geste terrible (un nom qu’on efface, une chambre qu’on range, un casier qu’on vide) et les jeux recommencent, dans un cycle volontiers absurde et terrifiant. Bien que dénuée de sadisme, l’expérience en devient éprouvante lorsque la mise en scène commence à jouer avec le moindre faux pas, le simple mouvement de trop, comme si la mort pouvait frapper à n’importe quel moment.

Si Apaches ne cède en rien à un gore grotesque, sa violence crue et son utilisation du hors-champ saisissent d’effroi (un cri déchirant la nuit se révèle bien plus perturbant que la vision d’une tête qui roule sur le sol). En guise d’épitaphe, le générique de fin nous révèle une spectaculaire nécrologie d’enfants ayant tous passé l’arme à gauche dans des accidents domestiques. Pas de problème, le message est passé. Chers parents du chaos, vous ne risquerez plus de laisser sortir vos mômes après ça…

Réalisation : John Mackenzie
Scénario : Neville Smith
Acteurs principaux : Louise O’Hara, Robbie Oubridge, Ian Scrace
Sociétés de production Central Office of Information, Graphic Films, Health and Safety Executive
Pays : Royaume-Uni
Genre Drame
Durée 27 minutes
Sortie 1977

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