Anthony Hopkins en Hitchcock, ça vaut quoi ?

Le réalisateur Sasha Gervasi revient sur le tournage douloureux de « Psychose » et grime Anthony Hopkins en sir Alfred. Derrière le portrait, une réflexion sur le cinéma et la mise en danger impérieuse et nécessaire de l’artiste.

Retracer tout le parcours de sir Alfred, de son enfance au succès Hollywoodien, aurait nécessité au moins dix films tant l’artiste, torturé, hanté par des démons, physiquement complexé dans son rapport aux femmes, demeure une énigme insaisissable. Encore aujourd’hui, même après de nombreuses expositions, analyses et interprétations.
L’axe assez pertinent de Sasha Gervasi dans ce « Hitchcock », c’est de montrer un génie à l’œuvre, affrontant chaque nouveau film comme une épreuve (penser, construire, affronter, achever). Le tournage de « Psychose » fut sans doute le plus éprouvant de tous parce qu’il impliquait un pari audacieux en son temps : un film d’horreur réalisé par une pointure. Soit un sous-genre méprisé, exploré par un monstre Hollywoodien.
Aujourd’hui, tout le monde considère « Psychose » comme un chef-d’œuvre : Norman Bates, maniaque schizophrène iconique inspiré d’Ed Gein, a traumatisé des générations entières de spectateurs et c’est devenu une référence pour des cinéastes comme Brian de Palma (« Pulsions »), David Lynch (« Blue Velvet ») ou encore Gus Van Sant qui en a tiré un remake plan-par-plan expérimental. Mais il a fallu beaucoup de temps, de sacrifice, de foi, de surpassement et d’inconscience pour obtenir un tel classique. On peut même supposer que si Alfred Hitchcock n’avait pas obtenu le final-cut (le montage final), le produit n’aurait probablement pas été aussi efficace.
Sans en avoir l’air, « Hitchcock » rappelle quelques vérités essentielles. A savoir qu’un tournage est à tout moment susceptible de s’arrêter. Que rien n’est acquis d’avance même pour un cinéaste majeur, respectable et intouchable comme Hitchcock. Qu’un autre génie comme Orson Welles a connu les mêmes démêlés avec la censure et s’est battu jusqu’au bout pour ses plans. Incidemment, le film détruit le fantasme du producteur/distributeur cinéphile et indulgent envers l’artiste (même Hitchcock devait rendre des comptes), rend hommage à l’intuition de sir Alfred (il avait compris l’art du buzz et les règles du marketing avant tout le monde, demandant que l’on stoppe les ventes du livre dont il s’inspirait, que l’on ne divulgue aucun élément du scénario et que l’on organise des avant-premières sous haute protection) ainsi qu’à la femme de l’ombre (Alma Reville jouée par Helen Mirren) dont le rôle et le soutien furent déterminants.
Derrière le masque impassible et les réparties ironiques, Anthony Hopkins n’en reflète pas moins les angoisses du maître du suspense avec des nuances subliminales. Sasha Gervasi qui n’a rien d’un enfant de cœur (il est l’auteur d’un épatant documentaire « Anvil » sur le heavy metal) a signé un film accessible à tous, d’une facture classique, proche des téléfilms HBO, moins intéressé par le mystère Hitchcock, trop épais pour être résolu en moins de deux heures, que par la fonction de l’artiste.

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