Un beau docu signé Pierre-Henri Gibert qu’il vous faut rattraper grâce à cette avancée scientifique considérable qui s’appelle le replay.
Diffusé le 12 septembre sur Arte – quelques heures avant la mort de Jean-Luc Godard, c’est dire si vos fils d’actu avaient la tête ailleurs – un bon documentaire consacré à Alain Resnais est quelque peu passé à l’as. De tous les cinéastes de la Nouvelle Vague, Resnais est probablement celui qui a laissé le moins d’archives: pas de bordel foutu à Cannes en 1968, pas de réunion brainstorming dans les locaux des Cahiers au mitan des années 50 (et pour cause, Resnais n’en était pas), peu d’images de tournage, seuls quelques traits de caractères rassemblés ici et là par sa garde rapprochée que formeront Arditi, Dussollier, Jaoui et les autres à partir des années 80-90… On connaît encore mal le bonhomme qui s’est pourtant fait une réputation dès 1949 et son Oscar glané pour son remarqué Van Gogh (c’était bien avant les Jeunes Turcs!) Le principal intérêt de ce docu – de facture assez classique – est de nous montrer des images rares d’un homme pénétré que la parole publique encombre (sa timidité était maladive). De son éducation dans un milieu de pharmaciens pour qui le cinéma n’était vraiment pas chose sérieuse aux clichés de jeunesse capturés avant qu’il ne rentre de plain-pied dans le monde merveilleux du cinématographe, Alain Resnais l’audacieux dessine la biographie méconnue d’un créateur qui trouvera la lumière sans jamais l’avoir cherchée. On aura rarement vu un sieur aussi sûr de son geste et dans le même temps, un chercheur en proie au doute permanent… Si le film refuse sciemment l’exhaustivité aiguë (tiens, où sont passées ses années 70? et son goût pour Lovecraft ou pour Métal Hurlant?), il confirme ce qu’on savait déjà au sujet des gens qui parlent peu: ce sont souvent eux qui ont les choses les plus intéressantes à dire. À rattraper ici. G.R.
