Adrian Lyne, réalisateur de « Eaux profondes » avec Ben Affleck et Ana de Armas: le come-back qu’on n’attendait plus

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Réalisateur oublié des livres d’histoire du cinéma, Adrian Lyne fait son grand retour au cinéma avec Eaux profondes, 20 ans après Infidèle, son précédent long-métrage. En 8 films, de 1980 à 2002, le cinéaste britannique a pourtant conçu une œuvre bien ancrée dans son époque, contemporaine des frères Scott, et héritière de l’esthétique aguicheuse et de l’imagerie souvent vulgaire de la publicité et des vidéoclips, qui a notamment fait du réalisateur de 9 semaines ½ et Liaison Fatale, le pape du thriller érotique. Retour film par film, sur une filmographie pas comme les autres.

Ça plane les filles (1980)
Histoire: En révolte contre leurs familles, quatre adolescentes décident de vivre « leur » vie. Elles affronte l’incompréhension et l’hostilité des adultes, découvrent la violence et drogue, mais aussi l’amitié, la tendresse et l’amour.
Acteurs: Jodie Foster, Cherie Curry, Randy Quaid, Laura Dern
Pourquoi ça a marqué l’époque: Adrian Lyne a déjà presque 40 ans quand il tourne en 1980 son premier long-métrage, Ça plane les filles (Foxes). Après une décennie à réaliser des publicités pour la télévision anglaise, et quelques courts-métrages, le réalisateur fait son entrée dans la cour des grands avec un teen movie au féminin, tourné aux Etats-Unis, avec la star montante Jodie Foster et Cherie Curry, membre du groupe de rock The Runaways. Le film surfe sur la vague des teen movie punks et dramatiques, dans la lignée d’Over The Edge de Jonathan Kaplan et Out of the Blue de Dennis Hopper. Plutôt que l’esthétique réaliste et crue de ses confrères, Adrian Lyne montre déjà un intérêt pour les lumières chatoyantes, et une sur-esthétisation qui sera par la suite canonisée dans les eighties. Peu original, et un brin ennuyeux, Ça plane les filles se démarque néanmoins par son quatuor d’héroïnes, ainsi que par la première apparition à l’écran d’une future grande actrice, Laura Dern.

Flashdance (1983)
Histoire: Alex Owens vit à Pittsburgh, ville gangrénée par le chômage. Elle travaille comme soudeur sur un chantier. Le soir, pour toucher un peu plus d’argent, elle danse dans un cabaret. Car la raison d’être d’Alex, c’est la danse…
Acteurs: Jennifer Beals, Michael Nouri, Lilia Skala, Sunny Johnson
Pourquoi ça a marqué l’époque: Peut-on faire plus années 80 que Flashdance? Film aussi visuellement impressionnant que ringard et cul-cul, le deuxième long-métrage d’Adrian Lyne est un pur produit de son époque: pop, vain, efficace. Avec Flashdance, Lyne impose son style, et fait de sa mise en scène, jeu d’ombre et de lumière, son principal atout. Une manière de composer avec son actrice, Jennifer Beals, 20 ans au moment du tournage, qui ne savait pas danser, et qui devait donc être remplacée par des doublures lors des séquences chorégraphiées. Une publicité pour les années 1980, produite par le duo Don Simpson et Jerry Bruckheimer, et mise en musique par Gorgio Moroder, dont on saute allègrement les scènes scénarisées pour contempler ses saillies clipesques.

9 semaines ½ (1986)
Histoire: Elizabeth, divorcée, travaille à la Spring Street Gallery, une galerie d’art de New York. C’est en faisant ses courses chez un épicier chinois qu’un homme la remarque et provoque chez elle un certain émoi. Ce mystérieux inconnu ne tarde pas à l’aborder et l’invite à déjeuner dans un restaurant italien.
Acteurs: Kim Basinger, Mickey Rourke
Pourquoi ça a marqué l’époque: Le Cinquante nuances de Grey de son époque. 9 semaines ½ a marqué toute une génération d’adultes pour son érotisme soft et ses penchants SM. Doudou torride et cul d’une frange des spectateurs des années 1980, le film est pourtant bien plus qu’un objet fétichiste. Derrière la passion qui embrase l’écran entre la néophyte Kim Basinger et la star Mickey Rourke, se cache une sombre histoire de manipulation d’une femme fraichement divorcée par un homme pervers et tordu, dont elle parviendra à s’émanciper. Fausse romance lorgnant vers le thriller érotique, 9 semaines ½ gagne à être revu sous un regard neuf, et d’en apprécier le travail d’Adrian Lyne à la mise en scène, à des années lumières de la platitude de la trilogie des Cinquante nuances (en plus de son propos douteux).

Liaison fatale (1987)
Histoire: Les amours de passage d’un avocat new-yorkais, heureux mari et père de famille, avec une jeune éditrice célibataire, vont déclencher chez tous les protagonistes une avalanche de drames passionnels.
Acteurs: Michael Douglas, Glenn Close, Ann Archer
Pourquoi ça a marqué l’époque: Premier grand film de son auteur, Liaison fatale est un sublime conte macabre sur le puritanisme américain. La descente aux enfers progressive de son protagoniste, joué par un Michael Douglas lâche et veule, préfigurant déjà son rôle dans l’immense Basic Instinct, vire à la terreur, à mesure que son harceleuse, incroyable Glenn Close, lui mène la vie dure. Le film bascule de la comédie noire au thriller, et le talent d’Adrian Lyne pour insuffler une atmosphère, ici de plus en plus pesante, atteint des cimes.

L’échelle de Jacob (1990)
Histoire: Jacob Singer, un employé des postes new-yorkaises, est assailli par de nombreux cauchemars durant ses journées. Il voit des hommes aux visages déformés et se retrouve dans des lieux qu’il ne connaît pas. Il est également victime de flashbacks incessants, de son premier mariage, de la mort de son fils et de son service au Vietnam. Avec l’aide de Jezebel, son épouse, et alors qu’il s’enfonce dans la folie, il tente de comprendre ce qui lui arrive.
Acteurs: Tim Robbins, Elizabeth Pena, Ving Rhames
Pourquoi ça a marqué l’époque: Il aura fallu attendre qu’Adrian Lyne sorte de sa zone de confort pour réaliser son chef-d’œuvre. Film d’horreur psychologique, L’échelle de Jacob est un film hors norme, terrifiant, qui, à de nombreux égards, tisse des liens avec le cinéma de son contemporain, David Lynch. Néanmoins, alors que l’auteur Blue Velvet et Eraserhead explore l’envers de l’american way of life, Lyne sonde la psyché d’un traumatisé de la guerre, et façonne une esthétique de la désolation, clinique, mortuaire. Une vision plus Freudienne que Jungienne, à laquelle Lynch est davantage rattaché. L’échelle de Jacob marquera toute une génération d’artistes et créateurs, au point de devenir l’inspiration principale d’un monument de l’horreur vidéoludique, Silent Hill.

Proposition Indécente (1993)
Histoire: Camarades de collège, Diana et David Murphy se sont mariés très jeunes et éprouvent l’un pour l’autre un amour grandissant. Mais leurs professions sont frappées par la récession. Pour faire face aux traites, il leur faut réunir d’urgence 50 000 dollars, qu’ils comptent gagner en jouant à Las Vegas. Là, ils ne tardent pas à tout perdre. John Gage, un milliardaire étrange et séduisant, fait à David une surprenante proposition : un millions de dollars en échange d’une nuit d’amour avec Diana.
Acteurs: Demi Moore, Woody Harrelson, Robert Redford
Pourquoi ça a marqué l’époque: Dernier grand sursaut dans la filmographie de Lyne, Proposition indécente organise un retour au cinéma sulfureux cher à son auteur, après la parenthèse (grandiose) qu’était L’échelle de Jacob. En véritable anatomiste du couple, le réalisateur filme l’érosion de l’amour, sa fragilité. Avec Las Vegas comme toile de fond, Proposition indécente montre la corruption du couple Demi Moore-Woody Harrelson, parfaits en Adam et Eve des années 90, face à la tentation diabolique de la chair et de l’argent, incarnée par Robert Redford. Un conte moral qui anticipe 6 ans plus tôt, à sa manière plus putassière, le chef-d’œuvre de Stanley Kubrick, Eyes Wide Shut.

Lolita (1997)
Histoire: Humbert, brillant professeur de lettres françaises dans une petite ville de la Nouvelle-Angleterre, loue une chambre chez une veuve esseulée, Charlotte, qui tombe amoureuse de lui. Provinciale écervelée et bavarde, elle incarne ce qu’Humbert déteste le plus au monde, mais elle possède un atout inestimable : sa fille Dolores, dite Lolita, une espiègle et ensorcelante nymphette qui rappelle irrésistiblement au professeur le tragique amour de jeunesse dont il ne s’est jamais remis.
Acteurs: Jeremy Irons, Dominique Swain, Melanie Griffith
Pourquoi ça a marqué l’époque: Ou plutôt, pourquoi ça n’a pas marqué l’époque. Film oublié, Lolita se traine depuis sa sortie une réputation de gigantesque nanar, pas totalement injustifiée. Pourquoi? Les raisons sont simples, passer après l’adaptation du classique de Nabokov par Stanley Kubrick, même près de 40 ans après, était l’équivalent d’une mission suicide. Pourtant, la version d’Adrian Lyne ne manque pas de bonne volonté. Plus proche de l’humour noire du roman, le film est troublant, malgré certaines concessions que le réalisateur a dû faire pour ne pas trop heurter le public. Malheureusement, le film était déjà passé de mode au moment de sa sortie. Adrian Lyne a passé plus de 8 ans pour monter ce projet qui aurait dû voir le jour au début des années 90, en pleine mode des soft-porn chatoyants. Les acteurs sont certes parfaits, mais le film, beaucoup trop long, et son esthétique, qui en fait des caisses, lui confère une atmosphère kitch, qui désamorce la noirceur de son récit. Ce Lolita a beau être un film raté, il n’en reste pas moins attachant.

Infidèle (2002)
Histoire: Edward et Constance Summer habitent dans la périphérie de New-York une vaste demeure qui sent bon l’ordre et la sérénité. Ce lieu est à l’image de leur couple, si harmonieux qu’on pourrait le croire à l’abri de toute surprise. Un jour, à New-York, un vent violent pousse littéralement Connie dans les bras d’un jeune étranger, Paul Martel, négociant en livres rares. Un appel téléphonique de celui-ci, un rendez-vous obtenu à l’arraché sèment en elle la confusion. A la troisième rencontre, Connie « oublie » dans le loft de Paul un objet personnel et cède finalement à ses désirs.
Acteurs: Diane Lane, Richard Gere, Olivier Martinez
Pourquoi ça a marqué l’époque: Le couple, encore. Adrian Lyne explore de nouveau son thème chéri avant un hiatus long de 20 ans, avec un ultime avatar de Liaison Fatale. Remake de La Femme infidèle de Claude Chabrol, Infidèle est peut-être le plus beau portrait de femme délaissée réalisé par Lyne. Le film ne nous épargne pas quelques longueur, et est certainement le moins flamboyant de son auteur, il y trouve néanmoins une forme de pureté classique dans l’impureté morale. Un beau film mineur.

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