Adilkhan Yerzhanov, Gabriele Mainetti, Lucile Hadžihalilović, Stephen Sayadian… Tous à l’Etrange Festival 2025

Trente ans et des poussières, et toujours cette odeur de poudre et de pellicule cramée : l’Étrange Festival revient du 2 au 13 septembre au Forum des Images, prêt à repeindre les murs de Paris en cinémascope cauchemardé. L’édition 2024 avait soufflé ses bougies comme un feu d’artifice psychotrope ; la 31e promet une cuite encore plus épique, où l’on passera sans transition d’un hommage au poète maudit Robert Lapoujade à la résurrection du cycle intégral Lady Yakuza — huit films où Sumiko Fuji tranche des regards comme des gorges.

Le menu ? Douze longs en compétition internationale pour le Grand Prix Nouveau Genre et le Prix du Public, quarante-six courts pour ceux qui croient que la folie se digère mieux en petites bouchées, et une procession de cinéastes venus du Kazakhstan, d’Italie, d’Autriche, de République tchèque ou d’ailleurs, tous prêts à jeter leurs chimères dans la fosse aux spectateurs. On y croisera Gabriele Mainetti, Adilkhan Yerzhanov, Andreas Prochaska, Viktor Tauš, Aleksandar Radivojević, Annapurna Sriram — et même Ben Wheatley, qui ne rate jamais une occasion d’engloutir le réel dans ses labyrinthes carnivores.

Dès le 3 septembre, le festival sort les griffes en accueillant Barbara Steele, madone gothique éternelle, dont les yeux ont plus hanté l’histoire du cinéma que la filmographie entière de certains contemporains. Dans le même sabbat, Stephen Sayadian (le mythique Rinse Dream) et Yerzhanov livreront leurs cartes blanches, pendant que La Spirale, manuel de survie filmique, célèbrera ses trente ans comme un vieux prophète qui n’a jamais cessé d’annoncer l’apocalypse.

Et ce n’est que l’entrée : Kirill Serebrennikov, August Diehl, Benoît Delépine, Julia Kowalski, Abel Ferry, Lucile Hadžihalilović, Antonin Peretjatko, Grégory Morin, Julie Pacino, Tony Paraskeva… une cohorte de noms qui sonne comme une litanie d’anges déchus ou de démons affamés. Et, en guise de dessert empoisonné, Fabrice Eboué en clôture avec Gérald, le conquérant, présenté en première mondiale, histoire de rappeler que l’étrange n’est pas une carte postale exotique mais une infection qui prend toutes les formes.

Les morts aussi viendront boire à la coupe : hommage au peintre-cinéaste Robert Lapoujade, hommage à l’expérimentateur britannique Phil Mulloy, récemment parti rejoindre les limbes. Et comme si cela ne suffisait pas, Serge Bromberg et Christophe Bier ouvriront encore leurs caves pleines de bobines oubliées, tandis que Canal+ et l’INA feront jaillir quelques trésors impurs. Deux créations musicales viendront enrober le tout, pour ceux qui aiment que la transe s’attaque aussi aux tympans.

Né en 1993 pour exhumer les films bannis, les noms maudits, les œuvres qu’Hollywood laisse moisir dans les sous-sols, l’Étrange Festival a très vite conquis son trône : manifestation la plus fréquentée du Forum des Images, rendez-vous annuel de plus de 30 000 spectateurs, vestige incandescent d’une époque où le cinéma des marges n’était pas encore un mot chic pour hipsters en mal d’identité. Ici, les spectateurs ne consomment pas : ils pactisent.

La salle du Forum deviendra un abattoir joyeux, une église païenne, une boîte crânienne collective où s’agiteront fantômes, yakuzas, prophètes, mutants et hérauts fatigués. Ceux qui croient encore que le cinéma est une drogue douce feraient mieux de rester chez eux. Les autres savent déjà : l’Étrange Festival n’est pas une projection, c’est une contagion. Rendez-vous sur le site du festival pour la programmation complète !

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