Adieu James Bidgood (1933-2022)

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Après Wakefield Poole en 2021 et Thierry Mugler début 2022, la faucheuse continue d’élaguer les grandes figures de l’art pd/queer: c’est hélas aujourd’hui le tour de James Bidgood, photographe et cinéaste à la carrière d’une brièveté scandaleuse, mais à la descendance éclatante. Sans Bidgood, pas de Pierre & Gilles ou de David Lachapelle, qui reprendront les mêmes dispositifs de mise en scène outrageusement kitsch, où les corps, quand ils ne sont pas érotisés à l’extrême, deviennent des divinités de mille couleurs. Traînant ses guêtres dans les alcôves du Broadway des années 50/60, James Bidgood va se servir de son statut de costumier pour se construire un univers total, pêchant les minets peu farouches pour en faire des adonis inaccessibles. Là où l’homo-érotisme de Jean Cocteau ou de Kenneth Anger ne se livrait qu’aux concernés, les photos de Bidgood ne se dérobent pas et se donnent très clairement, mais sans obscénité. Le parangon de ce micro-monde bricolé, où deux teintures accrochées au mur et un arbre en plastique vous transportent vers des boudoirs imaginaires et des forêts mythiques, ça reste Pink Narcissus, dont Bidgood n’aura jamais le director’s cut. Une œuvre demeurant anonyme durant des années. Les gitons roses y prenaient vie dans un dédale de fantasmes home-made, qui célébraient un imaginaire homosexuel en totale opposition aux revues glacées et viriles, où l’on se devait d’illustrer une masculinité dure comme une trique. S’il n’y a pas encore la dimension hyper sexuelle d’un Poole, la modernité sidérante de ce pandémonium, autant dans la qualité troublante de l’illusion que dans cette sensualité qui ne s’excuse jamais, fait encore pétiller les rétines. Malgré l’influence irrévocable et la fascination toujours bien vivante pour son œuvre, Bidgood est décédé dans un dénuement total à l’âge de 88 ans. J.M.

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