Adieu Jean-Pierre Marielle (1932-2019)

Il était le dernier de nos Grands Ducs. Le comédien Jean-Pierre Marielle vient de nous quitter ce mercredi 24 avril 2019, à l’âge de 87 ans.

PAR GILLES BOTINEAU

Talent hors pair, Jean-Pierre Marielle aura joué dans bon nombre de classiques, sous la direction de Philippe de Broca, Henri Verneuil, Bertrand Blier, Joël Séria… et tant d’autres encore ! Il cultivait d’ailleurs l’art de l’exigence, sachant dire « non » quand il le fallait, notamment face à Jean-Claude Chambon, qui lui proposait d’être un des Pieds Nickelés aux côtés de Michel Galabru et de Charles Denner, dans un film de 1964 (il sera finalement remplacé par son ami Jean Rochefort, ndlr). Pour autant, une œuvre ne serait pas totalement complète sans quelques dérapages chaos. Et celle de Marielle ne fait pas exception à la règle. Preuve en est, avec cinq de ses longs-métrages.

Calmos de Bertrand Blier (1976)
Après l’immense triomphe remporté par Les Valseuses, le cinéaste Bertrand Blier peut tout se permettre. Et il le fait ! À commencer par l’élaboration de ce vagin géant, dans lequel se perdent Jean-Pierre Marielle (Paul) et Jean Rochefort (Albert). Hallucinant ! Au passage, l’auteur confesse très justement : « C’est un film dans lequel il y a des scènes réjouissantes puis d’autres très mauvaises. Aujourd’hui, à voir, il doit être sympa. Avec le recul, c’est un truc de malade, on n’a jamais vu ça, hormis chez Fellini. » Certains ne s’en sont jamais remis. Mais, pour une poignée d’irréductibles, Calmos s’avère être un OFNI particuièrement réjouissant. Surtout avec le temps ! C’est sûr qu’après avoir découvert Convoi exceptionnel, on ne peut que leur donner raison…

Plus ça va, moins ça va de Michel Vianey (1977)
Pignon : « Dis-donc, Fredy, tu crois qu’on serait flic si on était beau ? »
Melville : « Si on était beau, on serait con. »
Pignon : « Et si on était con, on serait certainement plus heureux… Surtout si on était beau ! »
Jean-Pierre Marielle. Jean Carmet. Mort Shuman (qui compose également la musique du film). Cela suffit déjà à notre bonheur ! L’histoire : deux policiers, aussi racistes qu’incompétents, enquêtent sur un homicide. Simple, mais efficace. Ça ne se regarde pas, ça se déguste. Un film curieusement méconnu.

Pétrole! Pétrole! de Christian Gion (1981)
En règle générale, Christian Gion fait dans la pâle copie : Les Diplômés du dernier rang avec Patrick Bruel lorgne quelque peu du côté des Sous-Doués de Claude Zidi, Le Bourreau des cœurs ressemble comme deux gouttes d’eau à Plus beau que moi tu meurs signé Philippe Clair… Mais, au milieu de tout ça, se détache néanmoins un film. Son titre : Pétrole ! Pétrole ! Bernard Blier y interprète un émir arabe (!), face à Catherine Alric, délicieuse comme à son habitude, et Henri Guybet, qui se marre à chaque scène. Il faut dire que les gags ne manquent pas ! Gion fait dans la parodie extrême, sur une excellente BO conçue par Éric Demarsan, et, ça marche. Jean-Pierre Marielle, lui, joue le jeu à fond, et avec classe. Bref ! du culte en puissance.

Les deux crocodiles de Joël Séria (1987)
Jean-Pierre Marielle retrouve Joël Séria pour la quatrième et dernière fois, mais le résultat n’est hélas guère à la hauteur de leurs précédentes collaborations. Subsistent cependant diverses scènes à l’interprétation divine, et aux dialogues irrésistibles. Sans parler du final, aussi brillant qu’inattendu. À (re)découvrir, donc, dans la mesure du possible.

Atomik Circus, le retour de James Bataille de Didier et Thierry Poiraud (2004)
Entre absurde et décalé, Atomik Circus détonne clairement au sein de la production hexagonale. On ne comprend pas tout, l’ambiance est assez rebutante… Et pourtant, il y a ce je-ne-sais-quoi qui nous retient, et nous plaît. La mise en scène, d’abord, stylée au possible, puis, bien sûr, les comédiens. Benoît Poelvoorde en fait des caisses, et on l’aime comme ça. Vanessa Paradis, elle, s’en sort pas trop mal. Quant à Jean-Pierre Marielle (remplaçant Jean Yanne, décédé peu de temps avant le tournage), il se fond à merveille dans cet univers on ne peut plus singulier, et s’en délecte même avec un plaisir presque enfantin. Communicatif, cela va sans dire.

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