Adieu Bruno Ganz (1941-2019)

L’acteur Bruno Ganz est décédé ce samedi à l’âge de 77 ans. En guise d’hommage, nous avons demandé à plusieurs personnalités l’image de cinéma qu’elles retiennent de lui.

PAR VIRGINIE APIOU, SARAH CHICHE, FABRICE DU WELZ, JEREMY FEL, CLAIRE LEGENDRE, GAUTIER ROOS & CHARLES TESSON

Bruno Ganz, qui s’est distingué notamment dans Les Ailes du désir, dans La Chute (sur les derniers jours d’Adolf Hitler) et dans The house that Jack built, est mort à Zurich dans la nuit de vendredi à samedi 16 février des suites d’un cancer. Natif de Zurich, fils d’un mécanicien suisse et d’une mère originaire d’Italie, Bruno Ganz est considéré comme l’un des plus importants acteurs germanophones de l’après-guerre, sur les planches comme au cinéma. Qui dit acteur chaos, dit hommage chaos.

VIRGINIE APIOU: La Marquise d’O de Eric Rohmer
Bruno Ganz, comte russe chez Eric Rohmer, la douceur coupable de La Marquise d’O (1976).

SARAH CHICHE: Nosferatu fantôme de la nuit de Werner Herzog

FABRICE DU WELZ: The house that Jack built de Lars Von Trier
«For if we don’t find the next whisky bar, i tell you we must die»

JEREMY FEL: Les ailes du désir de Wim Wenders
J’ai, comme beaucoup de cinéphiles, découvert Bruno Ganz quand j’étais ado, dans Les Ailes du désir de Wim Wenders. Difficile depuis de l’imaginer sans ses ailes d’ange, sans ce regard curieux et bienveillant qu’il portait sur des mortels dont il rejoindra la condition par amour pour une jeune trapéziste. La dernière fois que je l’ai vu dans un film (en attendant le prochain Terrence Malick), c’était dans le dernier Lars Von Trier, où, tel Virgile, il guidait Jack jusqu’aux Enfers. Il n’y a jamais vraiment de hasard dans les jeux de miroirs que semblent mettre en place certains grands cinéastes. Ganz était à la fois un visage et une voix inoubliables, un de ces immenses acteurs qui transportent un monde dans leurs regards, dans leurs gestes, mais aussi dans leurs silences.

CLAIRE LEGENDRE: The house that Jack built de Lars Von Trier
Bruno Ganz arpente les enfers avec Matt Dillon, et surtout il arpente l’histoire de l’art, à travers les tableaux vivants reconstitués par Lars Von Trier dans le dernier quart d’heure du film, exactement comme il a traversé l’histoire du cinéma. Ce visage savait aussi se faire discret pour porter des œuvres plus grandes que lui. De l’ange de Berlin à Hitler soi-même, je vais garder cette séquence de Lars Von Trier en forme d’hommage et de clin d’œil (les clins d’œil sont un peu gigognes chez LVT).

GAUTIER ROOS: L’Ami Américain de Wim Wenders
Bruno Ganz, perdu dans les dédales du métro parisien, sommé de commettre un meurtre et de disparaitre. Une scène qui s’étire sur 9 minutes sans le moindre dialogue, et qui convoque instantanément ces morceaux de bravoure muets montrant la méticulosité des malfrats (les scènes de casse chez Dassin et Melville). Sauf que Bruno Ganz n’a rien d’un tueur professionnel, et que son revolver dépasse ostensiblement de son trench sans qu’il s’en aperçoive… Cela appelle évidemment au sourire, sauf que la séquence est d’une telle tension et d’une telle pesanteur qu’on a les mains serties sous le strapontin. Une figure mi-ange mi-zombie qui déambule déjà dans les couloirs de la mort. Peut-être la plus belle poursuite du cinéma des années 70, d’ordinaire plus associé à la frénésie des filatures en voiture dans les rues de San Francisco.

CHARLES TESSON: La main dans l’ombre de Rudolf Thome
Triste d’apprendre la disparition de Bruno Ganz. Lorsque je faisais de la distribution, il y a une trentaine d’années, j’avais sorti ce film avec Bruno Ganz, Hanns Zischler, Dominique Laffin et Laurie Anderson. Eva Simonet s’occupait de la presse et Bruno Ganz était venu pour la promotion du film (entretiens). C’était un acteur magnifique, un homme d’une belle intelligence, avec une classe naturelle, et d’une grande douceur.

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