A la recherche d’un film chaos ce week-end? Voici nos conseils: « Trash Humpers », « Macadam à deux voies », « Attention, les enfants regardent »…

MORGAN BIZET: Trash Humpers (Harmony Korine, 2009)
Peut-être le film le plus chaos du XXe siècle, Trash Humpers est un monument irrévérencieux, sale et bâtard. Après l’échec artistique et critique de son film le plus mainstream, Mister Lonely, Korine revient à ses fondamentaux, les rednecks, le naturalisme et le montage abstrait. Trash Humpers est un film d’horreur sur des vieillards (ou des types déguisés en vieillards) passant leurs journées à forniquer avec des poubelles – cf. le titre du film – détruire des choses, et tuer des gens. Sorte de Jackass dégénéré et cauchemardesque, virant à certains moments vers le faux snuff movie, le film d’Harmony Korine est également révélateur d’une Amérique dans ce qu’elle a de plus dégueulasse et de monstrueuse (raciste, homophobe, perverse). Une Amérique pourtant bien réelle, profondément enracinée dans l’histoire du pays (disponible chez Mubi)

GUILLAUME CAMMARATA: Unfriended: Dark Web (Stephen Susco, 2018)
Comme ce n’est pas demain la veille que nous retournerons dans une salle de cinéma, voilà un film parfait pour être visionné sur votre écran d’ordinateur! Ici, tout se passe depuis l’interface d’un Mac récuperé volé où une bande d’amis discutent en visio tranquillou bilou sans se douter du malheur qui les attend. Bien plus aboutie et maîtrisée que le premier volet, cette fausse suite troque la carte du fantastique contre celle du thriller à tendance snuff movie (disponible en VOD & DVD)

GERARD DELORME: Cockfighter (Monte Hellman, 1974)
En dépit de ses atouts (écrit par Charles Willeford, produit par Roger Corman, réalisé par Monte Hellman, et joué par Warren Oates et Harry Dean Stanton), Cockfighter est pourtant le seul film New World à avoir perdu de l’argent; ce qui explique en partie pourquoi il a disparu de la circulation pendant des décennies avant de réapparaître périodiquement. C’est loin d’être un chef-d’oeuvre, le récit est trop hésitant et dispersé, mais il vaut le détour pour la description ultra-réaliste du milieu des combats de coqs clandestins, et surtout pour le portrait de l’entraîneur obsessionnel joué par Warren Oates dans un de ses meilleurs rôles (disponible en DVD)

ROMAIN LE VERN: Macadam à deux voies (Monte Hellman, 1971)
The Mechanic, The Pilot, The Girl, GTO. Deux mecs taciturnes traversent le sud-ouest américain à bord de leur Chevy 55 grise. Une jeune femme désoeuvrée et un Warren Oates (génial as usual) viennent bousculer leur ligne de fuite. Une errance magnifique qui se consume au sens propre, dans laquelle tous les mélancoliques se reconnaissent de façon absolue. C’est à ranger entre Point Limite Zero (Richard Sarafian, 1971) et Electra Glide In Blue (James William Guercio, 1973). Le Gus Van Sant de Gerry, le Vincent Gallo de Brown Bunny et les Daft Punk de Electroma lui doivent beaucoup (disponible en DVD/Blu-ray chez Carlotta)

JEREMIE MARCHETTI: The Lonely Passion of Judith Hearne (Jack Clayton, 1987)
Pas du genre stakhanoviste à l’origine, on devinait Clayton lessivé par l’expérience de La foire des ténèbres, oeuvre sublime mais dépossédée en partie de son auteur. Il lui faudra quelques années pour revenir au cinéma avec un mélo tout simple évoquant la première partie de sa filmographie (Les chemins de Hauteville ou Le mangeur de citrouilles). Ce n’est certainement pas son oeuvre la plus puissante (Chaque soir à neuf heures trône largement à ce titre), mais il y donne l’occasion à Maggie Smith de livrer son plus beau rôle, le coeur rendu sec par un gros manque d’amour et le foie bien rempli par les bouteilles qu’elle s’enfile en secret. Une vieille fille amoureuse, c’est beau et c’est triste. Et avec Clayton (et Delerue of course), ça devient carrément sublime (disponible en blu-ray chez Powerhouse Films, sous titres-anglais)

SINA REGNAULT: Apparences (Robert Zemeckis, 2000)
Le thriller mal aimé de Zemeckis revêt bien des aspects: épouvante, psychologique, horreur, sans pour autant devenir un fourre-tout. Il passe certes de l’un à l’autre, comme un ersatz Hitchcockien mais réussit à émouvoir, et à nous rendre complètement accro. Dans la maison des Spencer, située au bord d’un lac de la Nouvelle-Angleterre, où vivent Michelle Pfeiffer et Harrison Ford, il se passe des choses étranges. Visuellement, on pourrait croire à une attraction de fête foraine. Les indices sautent aux yeux. Le succès de l’entreprise se joue pourtant derrière, une fois passé ce cap. Ce qui est dévoilé surprend, à la fois par sa mise en scène et son objet. L’apparence est trompeuse (disponible en VOD et streaming sur Canal+)

GAUTIER ROOS: Attention, les enfants regardent (Serge Leroy, 1978)
Dans une villa du sud de la France, des gosses de riches livrés à eux-mêmes s’envoient des noms d’oiseau, s’expédient des scuds grossophobes et racistes, et poussent le curseur du politiquement incorrect jusqu’à noyer leur nounou immigrée. Le tout sous l’oeil d’un mystérieux Alain Delon – également co-producteur du film – qui tentera de rétablir l’ordre en faisant chanter l’agitée marmaille. Un personnage mutique et délicieusement bronsonien (en version gros BG, inutile de le préciser)… L’un des films les plus chaos que le cinoche français ait enfanté, moins glauque que le fraîchement édité La Traque (1975) mais certainement pas moins efficace. Une fable acerbe envers la télévision, produite par le nabab du showbibi Norbert Saada, l’homme qui nous donnera plus tard le Canicule d’Yves Boisset (1984), et qui s’y connaissait donc en projets hautement improbables… À quand une diffusion sur Salto? (disponible en DVD aux Films de ma vie).

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