A la recherche d’un film chaos ce week-end? Voici nos conseils: « La poursuite impitoyable », « Le souffle au coeur », « Crumb », « Killing Zoe »…

MORGAN BIZET: Mad Dog and Glory de John McNaughton
Après deux films d’horreur remarqués, dont l’exceptionnel et glaçant Henry: portrait d’un serial killer en 1986, John McNaughton signe en 1993 Mad Dog And Glory, une comédie policière fine et émouvante produite par Martin Scorsese et écrite par Richard Price. Une œuvre insolite pour l’époque, entre deux tons, et bien différente de l’ambiance pulp et enflammée des Scorsese et des Tarantino, anticipant le gangster déprimé des Sopranos, et les productions indépendantes américaines qui déferleront au cours des années 1990 – jusqu’à entrainer la création de filiales spécialisées au sein des Majors Hollywoodiennes. Avec en prime un casting exceptionnel, De Niro en policier (première surprise), Bill Murray en gangster (énorme surprise) et l’envoutante Uma Thurman entre les deux (disponible sur OCS)

GUILLAUME CAMMARATA: Touristes de Ben Wheatley
Un couple de beaufs en vacances dans la campagne anglaise se découvre une appétence pour le meurtre. Comédie bête et méchante portée par deux comédiens déments (Alice Lowe & Steve Oram), Touristes provoque durant une heure trente un étrange sentiment d’hilarité et de malaise confondus. Soutenue par la réalisation inspirée de Ben Wheatley, cette étrangeté filmique est une vraie petite perle Chaos (disponible en Dvd & VOD)

GERARD DELORME: Crumb de Terry Zwigoff
C’est par le biais de la musique que Terry Zwigoff a fait connaissance avec le dessinateur Robert Crumb, lui aussi collectionneur compulsif et instrumentiste amateur. Il était donc bien placé pour gagner sa confiance et amasser au cours des années une quantité d’informations personnelles que le dessinateur maladivement timide n’aurait jamais confié à personne d’autre. On y découvre notamment les frères de Crumb, également doués, mais encore plus éprouvés psychologiquement par une éducation rigoureuse qui ne pouvait produire que révolte, déviations, et dans le cas de Robert, une tendance à s’exprimer sans aucune censure. Il s’est imposé comme un des artistes les plus importants de son époque, et ce documentaire en témoigne de façon unique (disponible en DVD)

ROMAIN LE VERN: La poursuite impitoyable d’Arthur Penn
Arthur Penn juste avant Bonnie et Clyde et longtemps avant le fabuleux Georgia (1981), qui chopait déjà l’humain comme personne. Revoir ce(s) film(s) donne à mesurer à quel point chez lui tout est toujours juste, et dévastateur. Une flambée de violence collective se produit dans une petite bourgade du Texas à l’annonce de l’évasion d’un jeune prisonnier (Robert Redford) dont plusieurs notables de la ville ont de bonnes raisons de craindre le retour et la vengeance. Tout y est parfait parce que tout y est flou. Et compliqué parce que les personnages disent parfois l’inverse de ce qu’ils pensent. Et révoltant parce que tout le récit va dans la mauvaise direction, épousant les certitudes de cette masse uniforme monstrueuse. Et triste parce qu’on n’y peut rien. Et nos héros de nous consoler, malgré tout: Marlon Brando, shérif magnifique, seul face à une horde de cons se défoulant en meute pour ne pas avoir à se regarder dans la glace; Jane Fonda, superbe poupée déchirée par des sentiments plus grands qu’elle, obligée de ravaler tout ce qu’elle ressent dans une société qui ne lui laisse aucun choix; Robert Redford, maudit que l’on veut réduire au silence et qui semble avoir accepté sa condition, résigné face à ce monde de brutes hypocrites (disponible en Blu-ray chez Sidonis Calysta)

JEREMIE MARCHETTI: The Trail de Ronny Yu
Drôle de chainon manquant entre le pre-Category III (qui commençait à vivre ses derniers instants) et la ghost-kung-fu-comedy (qui arrivait au galop), avec un zombie/vampire dégoulinant collant aux trousses d’un bande de faux sorciers pieds-niquelés. C’est aussi fun qu’inquiétant, avec ce qu’il faut de nuit brumeuse, de gags couillons et de dérapages cracra. La fin romantico-explosive, cheesy à souhait, suivi d’un clin d’oeil débilo à L’exorciste, permet de conclure sur une note jouissive. Et le tout emballé dans un beau scope (disponible en Blu-ray HK chez Panorama avec sous-titres anglais)

SINA REGNAULT: Killing Zoe de Roger Avary
Produit par Quentin Tarantino et Samuel Hadida, et réalisé par Roger Avary, l’un de ses amis, Killing Zoe raconte l’histoire de Zed (joué par Eric Stoltz), un braqueur de banque qui rend visite à son ami d’enfance, Eric (Jean-Hugues Anglade). A son arrivée, il commande une prostituée par le biais de Moïse, un chauffeur de taxi. La professionnelle est jouée par Julie Delpy. Le lendemain, Eric et Zed décident de braquer une banque, après avoir bu et pris beaucoup de drogue. Si le synopsis est assez typique des films des années 80 et 90, des décennies où la violence allait de paire avec le sexe à l’écran des films de casse et d’action, Killing Zoe se distingue par son symbolisme, presque systématique, présent chaque plan comme des indices, ainsi qu’une palette de couleurs (bleu, blanc rouge), qui semble parfois se prolonger jusqu’aux enfers, notamment pour Zed, mutique face au chaos. A noter aussi la présence d’une excellente bande originale signée du groupe de musique électronique Tomandandy qui colle parfaitement à l’ambiance de délitement et de noirceur de certains personnages (disponible dans sa version director’s cut chez Metropolitan, édition haute définition).

GAUTIER ROOS: Le Souffle au coeur de Louis Malle
Triste France: personne pour relever le fait que ce film malpoli comme tout (donc éminemment génial) de Louis Malle fête ses 50 ans cette semaine. Si vous aimez Charlie Parker, Boris Vian, René Crevel, la chourrave de disques en magasin, les grands frères qui emmènent le petit dernier découvrir «les choses de la vie» au bordel, le post de télé perpétuellement connecté aux « garnisons françaises du Tonkin », la bourgeoisie de province qui se croit encore au 19ème siècle, les mômes avachis qui ne savent pas tirer correctement sur leur cigare, ainsi qu’un final on ne peut plus ambigu entre une mère et son fils (qui marqua durablement les esprits), alors ce film est pour vous. Chaudement recommandé par Wes Anderson et Noah Baumbach, qui connaissent décidément mieux nos vieux pots de confiture que nous! (disponible en Blu-Ray chez Gaumont)

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