MORGAN BIZET: Bone Tomahawk (Craig S. Zahler, 2015)
Avec la sortie de The Nightingale de Jennifer Kent sur OCS, pourquoi ne pas s’organiser un petit double programme en y ajoutant un autre western hardcore, Bone Tomahawk de Craig S. Zahler disponible sur Shadowz? Autre cinéaste émergent des années 2010, Zahler, également écrivain, scénariste et musicien, signait en 2015 un premier long-métrage radical, tordant les codes du genre mythique du cinéma américain afin de proposer une œuvre lente, bavarde, à la violence extrême. Les grands espaces typiques du western laissent ici place à une nature broussailleuse et désolée, foncièrement hostile et cauchemardesque avec sa lumière blafarde de fin du monde et sa terre couleur cendre. On est loin de l’invitation à l’aventure. Avec en prime un finale insoutenable en guise d’hommage à un certain Cannibal Holocaust (disponible sur Shadowz)
GUILLAUME CAMMARATA: Kill list (Ben Wheatley, 2011)
Un ancien soldat devenu tueur à gages se voit contraint d’accepter une étrange mission, sous la pression de son ancien partenaire et de sa femme. Avec un budget très mince et une très grosse dose de talent, Ben Wheatley a réalisé un film halluciné et hallucinant qui déroute par sa noirceur abyssale. Démarrant comme un drame social puis glissant progressivement vers le thriller tendance folk horror, cette descente aux enfers terriblement anxiogène vous hantera longtemps après le visionnage (disponible sur Shadowz)
GERARD DELORME: R.I.P.: Rest in Pieces: A Portrait of Joe Coleman (Robert-Adrian Pejo, 1997)
Avant de devenir peintre, Joe Coleman a été performance artist et son penchant pour la provocation se manifeste en préambule de ce documentaire, où il harangue un public invisible en disant « le problème ne vient pas des déviants sexuels, des fous ou des criminels. Le problème c’est VOUS! Les tueurs en série sont la solution!« . Une façon de dire qu’aux gens normaux, il préfère les monstres, les marginaux, les tueurs fous et leurs victimes, qui sont au coeur de ses tableaux. Derrière l’artiste, le film révèle un homme qui a beaucoup vu et vécu et qui défend ses théories avec conviction et un sens de l’humour phénoménal (disponible sur YouTube)
ROMAIN LE VERN: J’ai rencontré le diable (Kim Jee-Woon, 2010)
Un agent secret recherche le serial killer qui a tué sa fiancée. Comme toutes les oeuvres fortes, J’ai rencontré le diable froisse les bien-pensants par sa remise en cause systématique des idées reçues, son sadisme, son jusqu’auboutisme. Mais au-delà de ses ambiguïtés, il maintient un degré de fascination constant. Exactement comme avec le cinéma de William Friedkin. La rencontre au sommet de deux acteurs (Lee Byung-hun, de Bittersweet Life, et Choi Min-Sik, de Old Boy qui livre le plus naturellement du monde une performance d’ordure mémorable) dans un polar ayant le tranchant, la température et l’éclat de l’acier (disponible sur Shadowz)
JEREMIE MARCHETTI: A Dirty Shame (John Waters, 2004)
Voilà presque 17 ans que le pape du Trash a arrêté les machines (mais n’a pas perdu sa gouaille, dieu merci). La sortie récente de son autobiographie rappelle en tout cas que son adieu au septième art, assez boudé à l’époque, fumait une impertinence et une énergie qui nous manquent terriblement aujourd’hui. Une petite ville engoncée assaillie par une incontrôlable frénésie sexuelle, voilà un sujet rêvé pour King Waters. Et quel résultat aussi! Vulgaire, pas bête et libérateur comme il faut. On en a bien besoin! (disponible en dvd zone 2 chez Metropolitan / Amazon Prime)
SINA REGNAULT: In a World… (Lake Bell, 2013)
Dans un monde où les salles de cinéma sont fermées, où l’industrie est à l’arrêt et où les perspectives d’avenir sont détenues par une poignée de dirigeants malhonnêtes, une femme (…) un homme (…) face à leur destin (…) une chance sur un million (…) un défi impossible… Vous avez compris l’idée. A défaut d’un documentaire complet et inexistant consacré à Don LaFontaine, on vous propose ce film independent qui évoque le parcours d’une jeune «Trailer Voice Actress» à Hollywood au début des années 2000. Il est question notamment de la lourde tâche que représente le fait de succéder au roi de la bande annonce – celui à celui qui a fait rêver des millions de gens, des années 70 à 2008 (environ 4000 BA). Ça a l’air de rien comme ça, mais ce qui a fait la beauté et la magie du cinéma pendant près d’un siècle réside aussi dans l’enthousiasme et l’excitation liée à la découverte d’une nouveau film, narrée par une voix grave, solennelle, épique – à vous donner des frissons (disponible quelque part)

