MORGAN BIZET: Flesh Memory (Jacky Goldberg, 2018)
Flesh Memory, documentaire du journaliste et critique Jean-Jacky Goldberg, plonge dans l’intimité d’une cam-girl américaine, Finley Blake, qui, en parallèle de ses exhibitions sexuelles en ligne, lutte pour récupérer la garde de son enfant, Ethan, qui lui a été préalablement retirée du fait de sa profession. Jean-Jacky Goldberg fait le portrait d’une femme solitaire, retirée du monde, confinée chez elle – drôle de sensation de découvrir ce film pré-Covid en 2021, le contexte particulier vécu depuis plus d’un an renforçant le lien affectif entre le spectateur et la cam-girl. Ses seuls liens avec l’extérieur se font par le biais d’un livreur de colis, qui lui apporte la matière première nécessaire pour concevoir sa propre ligne de parfum, et surtout les écrans multiples (son smartphone, sa webcam, sa caméra) pour être en contact avec son fils, sa mère, une amie, et bien sûr, ses clients. En raison de son travail, Finley met en scène ses prestations, c’est une actrice. L’écran est dédoublé, et la cam-girl masque son âme (ses joies et ses peines) derrière ses orgasmes simulés, comme elle dissimule les cicatrices de l’opération d’un mélanome (un cancer de la peau à haut taux de mortalité), sous les couches de ses nombreux et beaux tatouages. Tout en pudeur, Jean-Jacky filme la vraie Finley Blake à travers les fêlures de sa chair, des gestes découpés, des mimiques anodines, mais prolonge le trouble inhérent de la vie de la cam-girl en malmenant les codes du documentaire. Une main se pose sur le bras de la belle endormie (un fantôme?); une coupure de courant qu’on croirait sortir tout droit d’un film d’horreur rapproche Finley de son fils autour d’un feu de cheminée; dans le générique de fin, on s’aperçoit que Ethan était « joué » par un garçon nommé Auden: est-ce le vrai nom du fils de Finley? « Finley Blake » n’est-il pas d’ailleurs le pseudonyme de la cam-girl plutôt que son nom véritable? (disponible sur Ciné + et MyCanal)
GUILLAUME CAMMARATA: Maniac Cop (William Lustig, 1988)
Huit ans après son chef-d’œuvre glauque Maniac, William Lustig répand à nouveau la mort dans les rues de New York avec un nouveau film d’horreur au titre super original. Ici, le scalpeur fou cède sa place à un psychopathe grimé en policier semant la mort et la paranoïa. Bruce Campbell encore habité par son rôle dans Evil Dead cabotine comme un fou et Sam Raimi fait une apparition en tant que journaliste. En attendant le reboot en série censé être chapeautée par Nicolas Winding Refn (disponible sur MUBI)
GERARD DELORME: Bone (Larry Cohen, 1972)
Rien de tel que ce premier long métrage de Larry Cohen pour honorer la mémoire de Yaphet Kotto. Il y joue un intrus qui envahit la maison Hollywoodienne d’un couple dysfonctionnel et menace de violer la femme si le mari, un escroc visqueux, ne rapporte pas de la banque ses économies. Entretemps, Larry Cohen digresse, surprend, mélange les genres et truffe sa comédie noire de dialogues brillants, jusqu’à un twist qui a peut-être inspiré à Tarantino le titre de Kill Bill (disponible en DVD chez Blue underground)
ROMAIN LE VERN: Days (Tsai Ming-Liang, 2020)
Pour ceux qui ne l’ont pas vu lors de sa diffusion sur Arte fin août, sachez qu’il est possible de découvrir le dernier film de Tsai Ming-Liang sur YouTube par la grâce de La Lucarne. Le réalisateur de La rivière continue son cinéma d’horloges en panne (dont les aiguilles, soudain, s’affolent) et de nuages pré-orageux avec son écosystème habituel (pas de dialogue, long plans-séquences, brusques montées d’émotion…). C’est du cinéma beau, trouble et sensuel dont on sous-estime l’intelligence émotionnelle, où l’on prend le temps de se demander l’heure qu’il est là-bas (disponible sur YouTube)
JEREMIE MARCHETTI: Démons 2 (Lamberto Bava, 1986)
Demons premier du nom était déjà d’une gourmandise sans nom, entre ses effets gores glaireux, ses comédiens largués et son cinéma berlinois devenant soudainement l’archipel des enfers. Le 2 efface tout et recommence, dupliquant le même concept via l’écran de télévision, tout en situant l’action dans un immeuble. La contamination redémarre alors que Coralina Cataldi Tassoni (la pire des meilleures actrices du monde, minimum) tape un scandale sur The Smiths. Après ça, il y a un chien canigou qui toque à une porte, un gremlins périmé qui couine, des zombies qui courent sur du Dead Can Dance, des culturistes fluo écrasés et des stockshots de Lamberto Bava à la fête de la bière. Si vos zygomatiques ne frétillent devant un tel spectacle (à regarder en vf bien sûr), on ne peut plus rien faire pour vous (disponible en coffret blu-ray chez Arrow Video avec st anglais et sur Shadowz)
SINA REGNAULT: Very Bad Things (Peter Berg, 1998)
Un film d’une rare beauté, dont la vision aujourd’hui s’accompagne du sentiment d’impuissance face aux événements relatés – le spectateur est passif face à la violence.
«Pourquoi as-tu laissé une prostituée morte dans le désert», demande Cameron Diaz, à un moment. Mais par quelle spirale de chaos son mari est-il passé pour en arriver là ? C’est problématique. Est-il acceptable de regarder un tel film? Certains pourraient s’interroger. Non, bien sûr, car le cinéma, c’est la réalité, alors il faut taire ces mauvaises choses… (disponible en DVD)
GAUTIER ROOS: Au-delà du réel (Ken Russell, 1980)
Une définition implacable du film dément, créé pour vous faire descendre dans les arcanes de l’hallucination. Au-delà du réel est non seulement un parfait prequel de La Mouche, parsemé de scènes horrifiques où un scientifique aux tempes prométhéennes sombre dans la folie, mais c’est en plus un incroyable film sur le couple, et ses inéprouvables limites! Le traitement Ludovico n’a qu’à bien se tenir… À ne visionner que si les longues nuits de cogitation intellectuelle ne vous effraient pas (disponible en Blu-Ray import chez Warner)

