[CRITIQUE] CAPITAINE SKY ET LE MONDE DE DEMAIN de Kerry Conran

New York dans les années 30. Alors que des scientifiques renommés commencent à disparaître et que Manhattan est attaqué par des machines volantes et de gigantesques robots, le reporter Polly Perkins décide d’enquêter. Elle est aidée par l’héroïque pilote Sky Captain. Ils découvrent que la personne qui est derrière ce complot est le Dr Totenkopf. Son but est la destruction du monde…

Dans Europa, Lars Von Trier usait à bon escient du rétroprojecteur pour souligner le passé des personnages et les faits historiques. Avec Capitaine Sky et le monde de demain, Kerry Conran plonge dans l’Amérique des années 30 sans exploiter les conséquences historiques, préférant en revanche s’attarder sur un récit d’aventures qu’un scénario simplet et paradoxalement alambiqué rend encore plus plat. Version longue de son court métrage The world of tomorrow dans lequel déjà des robots massacraient New York, ce premier long métrage de Conran est d’emblée écrasé par l’attente qu’il risque de susciter avec un casting aussi excitant et surtout un défi visuel de poids. Sauf que pour la révolution, on repassera : le résultat est une déception tant les personnages sont aussi artificiels que les décors en blue print (technique où les acteurs s’agitent devant un fond bleu). Mais comme tout ratage qui se respecte, il naît de ce fatras une jubilation qui défie l’explication.

Enumérons les qualités qui submergent : 1) un parti-pris esthétique clairement assumé, lorgnant sans honte du côté des serials. Bonne pioche pour la nostalgie. 2) des séquences divertissantes qui donnent envie de suivre le film jusqu’au bout (à signaler une impressionnante bataille de P40 qui zigzaguent dans New York). 3) des acteurs qui s’amusent et mettent en valeur l’humour (sous-jacent ou involontaire ?) de ces péripéties indianajonesques (Gwyneth Paltrow qui reste en tailleur et talon pendant quasiment tout le film). Tout n’est qu’un concept – risqué et exploité jusqu’au bout – auquel on adhère ou pas dès la première image. Soit on admire, soit on s’énerve ; dans les deux cas, de plus en plus.

On peut reprocher des milliards d’autres choses à ce film imparfait et un peu nigaud qui donne l’horrible sensation de revoir Vidocq, mais on ne peut pas s’en prendre à Conran qui expérimente en essayant d’être fidèle à un univers binaire cher aux bandes dessinés (mélange de fantastique et de série noire). Peut-être de l’esbroufe mais pas du vide. Pour le reste, ce ne sont que des personnages qui restent à la surface, deux trois idées amusantes (les protagonistes dans le même lit, le « Polly » dans le reflet de l’eau, la salle de cinéma), une intrigue incompréhensible, une méchante pas exploitée et surtout une histoire d’amour presque platonique, d’un romantisme de pacotille. C’est subversif mine de rien de ne pas montrer ce que tout le monde bouillonne d’impatience de voir (bon, c’est quand qu’ils s’embrassent ?) sauf qu’un clou brise le spectacle. Ça commençait presque à être pervers que c’est déjà fini.

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