[ATTENDUE À CANNES 2019] JUSTINE TRIET

Après des passages remarqués à Brive, l’ACID et la Semaine, la réalisatrice est logiquement appelée à monter les marches avec son 3ème long (et son casting pléthorique). Le chaos espère vivement qu’elle conservera son anarchisme originaire, et que cette montée en gamme ne rimera pas avec assagissement festivalier…

PAR GAUTIER ROOS

Souvenez-vous de ce numéro d’avril 2013 des Cahiers du Cinéma, consacré à la relève du ciné-game national (« Jeunes cinéastes français, on n’est pas morts! »). Le mensuel avait vu juste en misant un kopeck sur celles et ceux qui font l’écosystème du cinéma d’auteur aujourd’hui (Gonzalez, Triet, Brac, Peretjatko, Zlotowski, Vinel, Masud, mais aussi le triumvirat le plus bankable des salles de moins de 300 places: Laure Calamy, Laetitia Dosch et Nicolas Maury).

Après l’expérience Un couteau dans le coeur l’an passé, qui avait divisé la critique en deux, Justine Triet sera la deuxième à connaitre la consécration tout en haut des marches, la fine fleur de l’industrie tricolore à ses bras (Virginie Efira, Adèle Exarchopoulos, Gaspard Ulliel). Une promotion qui avait peu réussi à Valérie Donzelli, elle aussi révélée à la Semaine de la Critique, et son tristoune Marguerite et Julien en 2015. La Triet sera-t-elle celle qui mettra enfin tout le monde d’accord avec son Sibyl, que nos confrères privilégiés n’hésitent pas à qualifier de « sublime » en off?

La bande-annonce laisse croire à un ensemble moins bordélique que les précédents films de la cinéaste passée par les Beaux-Arts de Paris, mais peut-on vraiment faire confiance à un teaser? Ce sont des petits objets promotionnels à boycotter crânement: en témoigne celui de Victoria, qui nous laissait espérer un Dat Dere de Mel Tormé qui ne figure même pas dans le film (et ça c’est une fucking disgrace).

Habituée à filmer le chaos urbain (les manifestations étudiantes contre le CPE dans Sur Place en 2007, les élections présidentielles de 2007 et 2012 dans Solférino et La bataille de Solférino), notre apprentie-peintre biberonnée à l’école Wiseman, Allan King et Jean Rouch ralliera avec brio la fiction en 2011 avec Vilaine fille, mauvais garçon). Son goût pour les femmes fortes et les garçons empotés s’y exprime déjà, tout comme son amour d’un burlesque trempant dans un bol de déprime, sa résistance aux modèles et à ce que l’autre appelait les « ideaux-type », ainsi que ses emprunts aux biographies des comédiens.

Une science bien rodée du dérèglement dont les références à Cassavetes, James L. Brooks et Blake Edwards sont bien connues: on sait en revanche moins que la cinéaste a beaucoup étudié le montage d’un certain… Brian de Palma.

La cocotte-minute portée à ébullition guidera son cinéma jusqu’à Victoria (2016), comédie sophistiquée qui se situe probablement à équidistance du « chef-d’oeuvre » vanté par Les Inrocks et de l’honnête comédie existentielle que les écrans français chérissent tant.

Trois petites raisons de scruter avec attention son Sibyl donc:

– Le faiseur de miracles Emmanuel Chaumet n’est plus aux manettes : on espère vraiment que la perte ne sera pas trop importante pour son cinéma.

– Le tournage à Stromboli et le film dans le film estival façon Le Mépris, mâtiné de surréalisme fellinico-allennien : jusque-là on valide toutes ces références avec notre pancarte « JE MATE ».

– Encore une scène de coït entre Virginie Efira et Niels Schneider après Un amour impossible : il en a pas marre le Niels, de faire du porno-soft avec les actrices les mieux gaulées de sa région (Gemma Arterton, Noémie Merlant…) à chaque nouvelle apparition?

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