Jane, une jeune actrice paresseuse et sans succès, mange les biscuits que son colocataire psychopathe a laissés traîner en ignorant qu’ils contiennent de la drogue. Dès lors, elle tente de traverser la ville pour rembourser un dealer rancunier, passer une audition, et remplacer les fameux gâteaux. Prise en stop par un copain de son colocataire, elle part pour un long et étrange voyage…
Gregg Araki le dit lui-même : Smiley face est l’anti-Mysterious skin, son superbe précédent long métrage au sujet casse-gueule et pourvu d’une dose émotionnelle très intense. Qu’on se le dise : il s’agit d’un antidote à la grise mine. Sur une journée, on peut suivre le parcours d’une demoiselle ayant un chouia trop abusé de space cakes et qui va voir la vie (et donc les vicissitudes qui vont avec) sous son jour le plus halluciné, hallucinatoire et hallucinogène. Ceux qui s’attendaient à un retour au cinéma trash de la première période d’Araki (Doom generation) risquent d’être un peu déçus étant donné qu’à part deux trois blagues scatos, on ne peut pas dire que le spectacle soit hautement transgressif. Ce n’est pas non plus, malgré quelques pointes de cruauté et un final tragique, une comédie ultra-consensuelle qui cligne ostensiblement de l’œil au pékin moyen.
Alors, qu’en attendre? Disons un Splendor en mieux, une comédie sous acide qui à défaut de révolutionner se laisse reluquer sans déplaisir. Et qui contrairement à ce qu’on pourrait penser en zieutant le synopsis, ne se résume pas à une bonne idée de court métrage péniblement étirée dans un long laborieux. Dans cette tâche, Araki est aidé par l’actrice principale Anna Faris, dont le visage prend souvent tout l’écran et qui adore alterner les expériences indépendantes (May, Lost in translation) avec les gros blocs pas très fins (Scary movie). En pénétrant le système Araki, elle permet à l’auteur de bénéficier d’une seconde jeunesse en le révélant incidemment à toute une génération qui n’a peut-être pas eu la chance de le connaître. Heureusement, son style n’a pas vieilli et ses personnages sont toujours aussi cools : sans James Duval, ni Rose McGowan, Araki aligne des saynètes fort drôles, toujours enlevées, et séduit sans peine l’œil et l’esprit.

